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Mercredi 18 Mars 2009
05:43
Pour la promotion et une meilleure visibilité de ses actions, le gouvernement du Bénin engloutit chaque trimestre quatre vingt cinq millions (85.000.000) de francs dans l'exécution de contrats de partenariat avec certains organes de la presse écrite.
Le gouvernement de Boni Yayi a enfin reconnu l'existence des contrats de propagande qu'il a convenus avec certains médias. Ainsi, pour onze (11) quotidiens et quatre (04) périodiques, lesdits contrats coûtent chaque trimestre aux caisses de l'Etat béninois la somme de quatre vingt cinq millions (85.000.000) de francs cfa soit une dépense annuelle de l'ordre de trois cent quarante millions (340.000.000) de francs cfa. C'est au cours d'une conférence de presse qu'il a conjointement donnée hier jeudi à son cabinet avec son collègue chargé de la micro finance, que le ministre de l'Economie et des Finances, Soulé Mana Lawani a été obligé de donner ses indications sommaires, à la demande des journalistes présents. Tenant au respect des clauses desdits contrats, certains journaux béninois sont devenus selon leurs lecteurs, champions dans le relais des bonnes performances du gouvernement et de ses éloges, tentant même parfois de fermer leur canal aux opinions contradictoires. Cependant, lance le ministre de l'Economie et des Finances, « l'exécution de ces contrats n'enlève rien à l'indépendance des médias ». Et pour cause, justifie-t-il, « non seulement ces contrats ne sont pas nouveaux, ils existent dans tous les pays, ils ont existé sous d'autres régimes dans notre pays… » Mieux, ajoute-t-il, « malgré l'existence de ces contrats, des journaux continuent de tirer chaque matin sur le gouvernement ». Interpellé sur les clauses desdits contrats qui pour certains journalistes, seraient pourtant contraignantes, l'argentier national, représentant le gouvernement dans les contrats, lance sans appel, qu'il s'agit de contrats et qu'aucune partie ne devrait être obligée d'y apposer sa signature si les clauses ne lui convenaient pas. Ce qui pose le double problème de la responsabilité des médias contractants puis de leur vulnérabilité financière. Le montant de ces contrats par organe de presse varie de vingt millions (20.000.000) à quarante millions (40.000.000) de francs cfa par an. Entre autres obligations, les journaux doivent soigner l'image du gouvernement et du chef de l'Etat, ils ne doivent participer à aucune campagne de dénigrement du président de la République ou du gouvernement et doivent requérir l'avis des chargés de communication du président de la République sur toute information hostile au moins deux jours avant sa publication. Les journaux bénéficiaires de ces contrats de propagande ont été choisis sur la base de plusieurs critères dont le plus important est, « la large audience », a affirmé le ministre Lawani sans réussir à se défendre devant des cas tels que <em>« La presse du jour »et « La Nouvelle tribune » qui bien que justifiant d'une audience plus large que certains journaux pris en compte ne sont pas en contrat.
Les contrats des radios et télés coûtent encore plus chers !
Les aveux du ministre de l'Economie et des Finances se sont limités aux seuls cas des médias de la presse écrite. Et pourtant, plusieurs médias audiovisuels sont également dans les liens des contrats de propagande avec le gouvernement. Selon certaines personnes proches d'une télévision privée basée à Cotonou, ces contrats rapporteraient cent millions (100.000.000) à cent cinquante millions (150.000.000) de francs cfa aux chaînes de télévision privées béninoises. Quant aux radios, aucune précision pour l'instant sur le montant des contrats mais elles sont dotées de téléphones Gsm équipés en kit de connexion corporate par lesquels, les responsables à la communication du chef de l'Etat gardent le contact avec elles et leurs balancent parfois des informations à diffuser sans qu'il ne leur soit donné la possibilité d'en vérifier la véracité.
Ludovic D. Guédénon
Au pouvoir depuis seulement trois ans, Yayi Boni et compagnie, se sont particulièrement engagés dans une lutte de plus en plus violente contre une bonne partie de la presse, accusée d’être des fossoyeurs de la démocratie. Les médias anti-conformistes (et Dieu sait qu’on peut les compter du bout des doigts!) seraient, aux yeux des néo-dirigeants béninois, en train de "détruire l’image du pays". Yayi Boni se serait personnellement investi dans cette campagne de diabolisation.
Les déclarations ne sont pas tout à fait fausses. Mais si la plupart des concitoyens lui accordent difficilement crédit, c’est sûrement parce que son ou ses auteurs auraient un réel problème avec la probité morale et avec l’intégrité éthique. N’est-il pas vrai que c’est le pouvoir de Yayi Boni qui a institué et labélisé une presse particulièrement biaisée, trompeuse, rémunérée pour travestir quotidiennement la vérité sur tout ce qui se passe au Bénin ? N’est-il pas vrai que sous Yayi Boni en particulier, semblent élevés au rang de valeurs suprêmes le prosélytisme, les amalgames, les catégorisations, le régionalisme, les récupérations politiciennes, les uppercuts aux règles et procédures démocratiques ? N’est-il pas exact que c’est sous l’ère Yayi qu’on a sans cesse proclamé l’éradication de la corruption alors que s’est instaurée l’impunité face aux malversations et aux détournements des biens publics ? N’est-il pas exact que c’est sous Yayi Boni que la Haute Autorité de l’Audiovisuel et de la Communication (HAAC) n’est devenue plus que l’ombre d’elle-même ? N’est-il pas exact que c’est avec l’arrivée de Yayi Boni au pouvoir que des médias (audiovisuels ou imprimés) consacrent toutes leurs éditions à magnifier le Président ? N’est-il pas exact que c’est avec Yayi Boni que des journalistes écrivent des livres entiers à faire les louanges du Président ? Quid de l’achat des consciences ? Et vous avez dit «détruire l’image du pays » ? De qui des politiciens ou des journalistes détruisent quotidiennement l’image du pays ?Le Bénin traverse une période d’anomie à l’instar de la presque totalité des pays à l’échelle du monde, mais contrairement aux dirigeants qui sont, un tant soit peu, soucieux des formes et qui cherchent à juguler les crises et à restaurer les valeurs et la justice, les nôtres ne veulent toujours pas rompre les amarres de leur univers théocentré. Du président au plus petit ministron au Curriculum vitae falsifié, tous se pensent comme la Transcendance et ne manifestent absolument pas l’intention de faire le deuil de leur universalité. Dans ce contexte, la plus banale remarque de la presse (qui refuse d’intégrer le giron mental-présidentiel) est aussitôt perçue comme un insupportable outrage. Un affront que les hautes autorités politiques et certaines de leurs affidés religieux préfèrent laver dans les eaux puantes de l’anathème, de la vindicte populaire, de la médisance et de l’amalgame manipulateur. Cela dit, le maelström médiatique béninois est une réalité et il est légitime, pour le lecteur, l’auditeur ou le téléspectateur au nom duquel on prétend écrire et parler, de questionner la responsabilité des médias dans le cadre de leur rôle de construction d’un espace démocratique qui rende possible la discussion à partir des éléments essentiels. Le propos est clair : au-delà de l’inacceptable qui règne dans les rédactions, il s’agit, pour les journalistes, d’avoir de l’estime pour leur métier, de s’arracher des dogmes personnels pour se (re) connecter à des principes inconditionnés. Il est vrai que dans le contexte économique difficile avec des marchés publicitaires de plus en plus réduits, les pauvres médias béninois ne peuvent absolument survivre et travailler en toute indépendance. Mais on ne crée pas un journal, une radio ou une télévision sur un coup de tête ou pour accepter de se faire financer par les pouvoirs publics. On a souvent trop l’impression que le marché médiatique au Bénin n’est gangrené que par des plaisantins, des soi-disant journalistes qui sont facilement prêts à vendre leur âme pour des miettes.
lesdessousdelapolitique@ebeninois.com
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