Les dessous de la politique


MARQUEE avec une BORDURE
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Lundi 19 Octobre 2009 02:37


La récente qualification du Bénin à la CAN 2010 déchire déjà des passions inutiles. L’euphorie a donné lieu à des débordements verbaux et des conclusions hâtives qui ont tous l'air du déjà entendu. On s’enflamme, on rêve, on fantasme… On a l’impression que le Bénin s’apprête encore à commettre les mêmes erreurs commises auparavant comme si tout le monde avait subitement perdu la mémoire. Retour sur un commentaire publié au lendemain de l’élimination du Bénin à la CAN 2008.


Stéphane SESSEGNON, ce joueur exceptionnel est toujours capable du meilleur comme du pire
Stéphane SESSEGNON, ce joueur exceptionnel est toujours capable du meilleur comme du pire
Elimination du Bénin de la CAN :

Les raisons du fiasco


Le Ghana n’a pas été le théâtre de miracles à la Béninoise. Les Voduns et les mânes des ancêtres ont été ridiculement inopérants. Et comme on pouvait s’y attendre, le Bénin n’a pas pu résister aux assauts offensifs des grandes équipes de son groupe. Le dernier match contre le Nigeria n'a été que l’aggravation de la dégringolade. Pour la deuxième qualification de son histoire pour la Coupe d’Afrique des Nations, notre pays n’a été que l’ombre de lui-même malgré une préparation enviable. Mais cette équipe nationale ne pouvait logiquement pas aller plus loin. La pression qu’elle portait était moins populaire que politique.

Juste après le tirage impitoyable du groupe B, groupe dans lequel le Bénin devrait croiser le fer avec la Côte d’Ivoire, le Nigeria et le Mali, la plupart des Béninois connaisseurs du football, savaient déjà que les dés étaient pipés et que leur pays allait au Ghana pour se faire ridiculiser. A l’arrivée, ces Béninois ne se sont pas trompés mais en revanche, Yayi Boni et son gouvernement se sont trompés sur toute la ligne. La qualification de l’équipe nationale a été vendue aux Béninois comme étant l’œuvre personnelle du Chef de L’Etat qui s’en est donné les moyens. Son omniprésence aux côtés des joueurs et au stade ainsi que sa générosité financière incontestable ont sans doute motivé les coéquipiers de Sessègnon à se surpasser et à tout donner pour arracher la qualification. Mais le Président était parfois trop présent et ce qui devrait plus être un soutien mental du onze national, s’est transformé en pression politique. Yayi Boni veut absolument montrer aux Béninois qu’il est l’homme par qui le miracle arrive en improvisant un préparatif incroyable aux Ecureuils. Dans ces conditions, il était difficile pour un joueur soucieux de donner le meilleur de lui-même, de ne pas passer à côté de sa performance habituelle.
Il est aujourd’hui difficile voire impossible de comprendre les raisons de l’enrôlement d’un entraîneur allemand (Reinhardt Fabisch) pratiquement inconnu du football africain. C’est tout simplement un gâchis financier de savoir que ce monsieur est rémunéré à coup de millions pour une équipe dont on savait au départ qu’elle n’avait pas de toute façon aucune chance d’aller loin au regard des cadors qu’elle avait à affronter. Ce recrutement était manifestement inutile et ne constitue qu’un aveu d’ingratitude à l’égard du sélectionneur local (Edmé Codjo) qui connaissait mieux les cadres de l’équipe et qui avait pourtant conduit l’équipe à la qualification. En refusant d’assumer son incompétence et en inventant de toute pièce une histoire encore injustifiée, Reinhardt Fabisch ne veut pas être désigné responsable de la débâcle des Ecureuils. Ses déclarations (il a affirmé avoir reçu une offre de corruption pour arranger le résultat du match perdu contre le Mali) à l’occasion d’un point de presse dimanche dernier ont bien ébranlé le public sportif béninois. Il ne s’agit ni plus ni moins que de la fuite en avant d’un sélectionneur dont les jours sont désormais comptés.
Très concrètement, le onze Béninois n’avait pas besoin d’aller jusqu’au Brésil pour s’entraîner dans le cadre des préparatifs de la CAN. Peut-être que dans l’imaginaire des autorités sportives béninoises, le séjour au Brésil transformerait les joueurs en génies du football. Il est aujourd’hui évident que ce voyage n’était qu’une promenade de santé, un gaspillage de pognon dont le Bénin se serait bien passé. «Le séjour dans l’eau ne transforme pas le tronc d’arbre en crocodile», dit le proverbe car en réalité, le talent ne s’acquiert pas du jour au lendemain et on ne devient pas footballeur de manière spontanée. Si par exemple, les Eléphants sont en ce moment une équipe difficile à battre sur le continent, c’est parce que la Côte d’Ivoire y a mis les moyens depuis des années en créant des écoles de football et en possédant un championnat national régulier qui constitue le vivier des recruteurs étrangers. Combien de joueurs béninois connus évoluent-ils dans les grands championnats européens ? Pas plus que trois (Omotoyossi, Sessègnon, et Tchomogo !) pendant que la presque totalité des grandes équipes de la CAN est constituée de joueurs africains expatriés. L’amateurisme et la précipitation des autorités sportives béninoises les a poussés à la folie. Mais le mauvais augure s’annonçait déjà depuis quelques temps. Le Bénin est le premier et unique pays au monde à lancer sur l’Internet à quelques semaines de la CAN, une campagne de recrutement de ses joueurs évoluant à l’étranger. Sur simple formulaire en ligne, on demandait aux joueurs béninois de par le monde, de se faire connaître afin de participer aux préparatifs pour la CAN. L’exercice même s’il a été concluant, n’a toutefois pas permis de recruter des joueurs béninois de grands talents. Conséquence, même s’ils ont fait montre de leur plus grande volonté de mouiller le maillot et de défendre les couleurs nationales, ils ne pouvaient pas donner plus qu’ils en avaient en si peu de temps de préparation. Il est vraiment regrettable que les autorités béninoises n’investissent dans le football que pour y attendre une récupération politique personnelle et immédiate. Avec le camouflet subi au Ghana, c’est toute la politique sportive du Bénin qu’il faudra désormais revoir pour faire réellement du Bénin un pays qui gagne.

Patient ATCHO
Jeudi 15 Octobre 2009 23:26


15 octobre 1987-15 octobre 2009 : 22 ans que le capitaine Thomas Sankara a été assassiné et 22 ans également que Blaise Compaoré est assis sur le fauteuil du pouvoir suprême. Qu’est-ce qui n’a pas été dit depuis ces deux décennies sur cette page de notre histoire que les Burkinabè ne connaissent pas déjà ? Pratiquement rien, puisque des acteurs proches ou lointains du Conseil national de la Révolution (CNR) ont au fil du temps fait des révélations vraies ou fausses sur ce jour spécial.


Le capitaine Thomas Sankara
Le capitaine Thomas Sankara
Ainsi régulièrement ou plutôt à certains anniversaires de cette date, un Alouna Traoré, le seul rescapé du carnage du conseil de l’entente, donne sa version des faits. Valère Somé, un ami du père la Révolution, penche pour la thèse du complot prémédité (1).
Ludo Martens met ces mots dans la bouche du colonel Gilbert Dienderé, l’actuel chef d’état-major particulier de Blaise : « Nous savions que Sankara avait une réunion à 16 h et nous avons décidé d’aller l’arrêter là-bas... (NDLR : au pavillon Haute-Volta du Conseil de l’Entente)... Sankara tenait comme toujours un pistolet automatique à la main, il a immédiatement tiré et tué un des nôtres. A ce moment, tous les hommes se sont déchaînés, tout le monde a fait feu et la situation a échappé à tout contrôle »(2).
Jacques Foccart, présenté comme l’homme des réseaux de la Françafrique, s’était confié au journaliste écrivain en ces termes : « Kadhafi a envoyé des armes à Sankara et lui a dit : maintenant tu ne dois plus attendre, tu dois te débarrasser de Blaise... ». Ce dernier, deux semaines après les évenements du 15, s’était confié à Jeune Afrique en ces termes : « C’est pour avoir voulu nous liquider, Jean-Baptiste Lingani, Henri Zongo et moi qu’il s’est fait abattre par les soldats qui me sont fidèles... » (3).
Bref 22 années après, les deux célèbres thèses continuent à avoir cours : Sankara préparait un coup à 20 heures le 15 octobre, c’est la version, bien sûr, des tenants du pouvoir ; Blaise a prémédité son coup depuis longtemps, soutiennent, par contre, les orphelins du patron du CNR.
La commémoration des 20 ans de cet assassinat de Sankara il y a deux ans (à laquelle sa veuve, Mariam a assisté) concomitamment avec celle célébrant les 20 ans de renaissance démocratique avec Blaise Compaoré fut d’ailleurs l’occasion de montrer à la face du monde qu’au Burkina la parenthèse Sankara n’est pas encore fermée pour certains, notamment les Sankaristes et tous ceux qui partagent son idéal, comme l’a montré l’immense foule qui a accompagné Mariam Sankara dans son pèlerinage au cimetière des Martyrs en octobre 2007.
22 années après,les sankaristes continuent à s‘étriper même s’il y a souvent des embellies avec des tentatives de regroupement, qui font long feu. En tout cas, signe des temps, en cet octobre 2009, c’est bien à un sankariste qu’a échu le titre de chef de file de l’opposition. Enfin un cadre institutionnel dans lequel l’opposition pourra agir selon des droits et des devoirs à lui reconnus ? Sans doute, puisque la loi y relative date de 2000, et de toilettage en toilettage, elle est aujourd’hui assez claire.
Pendant longtemps, l’une des faiblesses criardes de l’opposition a été son introuvable unité. De Me Hemann Yaméogo à Me Beninwendé Sankara, beaucoup d’encre et de salive a coulé tant dans le camp du pouvoir que dans celui des opposants. Le patron de l’UNIR/PS réussira-t-il là où ses devanciers ont échoué ? Il a en tout cas beaucoup de cartes en main, et s’il sait manœuvrer, il pourra ratisser large. Certes des opposants font entendre déjà des voix discordantes, mais, dans l’ensemble, l’homme part avec un préjugé favorable.
Pourvu que ses collègues opposants le poussent et que lui aussi à labour se montre efficace, c’est à ce prix que l’unité de l’opposition ne sera plus une arlésienne.

Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana


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