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Comme dans un cycle, des pans entiers de nos cahiers d’élèves reprenaient, chaque année, quelques leçons consacrées à l’Assemblée nationale. Enfants, on imaginait alors les députés, représentants élus du peuple, perdus dans d’interminables discussions où le sort des citoyens était engagé. Et la télévision a rayé de nos esprits cette image surfaite, offrant à nos regards la mine contrefaite d’un député somnolent ou assoupi, surpris par une irrévérencieuse caméra. Ce n’était pas méchant à nos yeux et notre jeune âge attribuait toutes ces images à ce qu’il y avait d’insolite, un peu comme le comique de situation. Mais ces petites scènes ont survécu au temps, devenant une sorte de norme.
Car il ne s’agissait plus d’instants volés, c’était bien ceux de tous les jours. Dans la représentation populaire, impossible de chasser des esprits, sinon à coups de marteau, l’image d’un élu du peuple peu sérieux, laudateur et chahuteur. Dans les salons familiaux, face au petit écran, l’Assemblée nationale devient le petit coin « juste pour rire », celui où l’on est sûr d’entendre, sans être choqué parce qu’accoutumé, des inepties, le côté ridicule des choses, propos creux et sans intérêt. L’on est sûr qu’untel commettra une bourde, qu’un autre se laissera tenter par une digression, qu’un autre encore ne prendra la parole que parce qu’il aime le son de sa voix. On fait dans le verbiage, pousse l’humour -souvent d’un goût douteux- à l’extrême. Ici, le cousinage à plaisanterie n’est pas juste une agréable transition, c’est ce qu’on rabâche, lui donnant parfois des allures d’intenses et profonds débats entre députés. Ça vole si bas…
Alors impensable de prendre de la hauteur et l’Hémicycle se retrouve pris en otage, asphyxié par toute la légèreté ambiante (mais non, ce n’est pas grave !). Les représentants de notre peuple n’ont rien de solennel, peu nombreux sont ceux qui imposent le respect : ils ont l’injure à la bouche, ignorants de ce qu’exige leur statut, parce qu’inconscients tout simplement. Entre eux, ils ont le comportement de ces camarades de classe emportés par le jeu dans une aire de récréation. C’est cela en définitive que notre Assemblée nationale, un petit endroit sympathique où l’on s’interpelle à grands cris, tout juste comme dans une foire ou un marché hebdomadaire. On peut aussi se permettre d’entamer une conversation téléphonique, accessible à tous, de son siège de parlementaire avant de se diriger vers la sortie, à grands éclats de rire toujours.
Après tout, qu’est-ce qu’on manque ? Rien que ces éternelles conversations de paliers, dans un cercle où l’on accorde que très peu de crédit à la ponctualité. Vous verrez bien dans les semaines à venir, au cours du vote du budget gouvernemental, notre parlement reprendra des couleurs : corruption, retard, perte de temps, coup bas, discours creux et autres reprendront de plus belle. Mais là non plus ce n’est pas grave. Peu importe ce petit goût d’inachevé, peu importe cette impression de travail bâclé. On est enfin… député pour cinq ans au moins !
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