|
Les Béninois sont encore très nombreux à croire que le vodoun est l’émanation du diable. Une perception réductrice qui ne repose que sur des considérations religieuses trop simplistes et trop égoïstes pour convaincre.
Pour ceux qui y croient, le vodoun conjure le mauvais sort et comme toute religion, il a une tendance au pardon et à la paix. Le vodoun est donc une religion au même titre que le catholicisme, le protestantisme, l’islam, etc. Il a également un Dieu unique (Mahu) et n'a jamais cessé de battre au coeur du Bénin. Et spécialement à Ouidah, cité nonchalante au bord d'une mer étincelante. Le catholicisme s'est même superposé à lui sans le remplacer. D’ailleurs, quand les Portugais sont arrivés, nos vodounons leur ont offert le terrain pour construire leur basilique. C'est pour cela qu'elle est en face du temple du Python. Il y a quelques temps, dans une lettre ouverte, je proposais à Yayi Boni de se servir du Vodoun pour faire en sorte que notre pays soit un peu plus connu dans le monde. Je lui avais proposé le FIVOB (Festival International de Vodoun du Bénin) qui serait à mon avis, une grande occasion pour faire entrer du pognon dans le pays. Comment ne pas mettre en lumière Ouidah, Porto-Novo et Abomey ! Quand on repart de ces villes, on a toujours l'impression d'avoir effleuré un autre univers. C'est ici, chez nous, le long du golfe de Guinée, qu'est né le vodoun. Les esclaves l'ont emmené avec eux à Haïti, à Cuba et au Brésil. En 1993, sous le patronage de l'Unesco, un grand rassemblement de tous les vodounons du monde a officialisé cette tranche d'histoire africaine. Personne ne peut prouver que le vodoun n'est pas la religion originelle du Bénin mais on peut en revanche prouver que le christianisme est venu avec l’arrivée des Blancs prétextant de nous apporter la civilisation. Et sans juger ou condamner ceux qui le pratiquent, on peut même affirmer que le christianisme est une religion importée qui nous détourne de nos réalités endogènes. Mettre en valeur le vodoun pour vendre le Bénin à l’étranger, c’est réhabiliter certains aspects positifs de notre tradition et notre identité culturelle.
Le vodoun et la politique
Au Bénin, le vodoun est devenu un enjeu politique. En 1996, l'Eglise a ouvertement soutenu le candidat Matthieu Kérékou qui a fait campagne la bible en main. Et les candidats à l’élection présidentielle ne se gênent pas pour invoquer le nom de Dieu à chaque sortie publique. En 2006, une messe ayant été dite à l’église Notre Dame pour une présidentielle pacifique, a connu la présence de presque tous les candidats. A la sortie de la messe, les discours étaient affûtés : «Nous gagnerons les élections s’il plaît à Dieu », « Nous passerons dès le 1er tour par la grâce de Dieu», «Nous ferons un bon score si Dieu le veut». C’est dire que les hommes politiques béninois sont trop facilement arrivés à conclure qu’en brandissant la bible et le nom de Dieu, ils arriveraient à leurs fins. Et ils n’ont pas tort ! L’élection de Kérékou et celle plus récente de Yayi Boni en sont des preuves majeures. Les Béninois sont souvent trop rapidement convaincus qu’un candidat qui ne parle que de Dieu est capable d’être un président intègre et juste. Mais l’histoire est là pour nous prouver le contraire. Quel crime a commis Nicéphore Soglo, lui qui a parrainé la Journée du vodoun de l'Unesco et qui a institué la «Journée des religions traditionnelles» ? Tout le monde lui en a voulu comme si ce faisant, il avait commis un sacrilège. Instaurer une journée de vodoun est-il plus dangereux que de piller l’économie d’un pays ? Kérékou par démagogie, avait identifié l'ennemi pour son libéralisme et son attachement aux traditions : «Nicéphore Soglo a vendu le Bénin aux forces de l'argent et aux puissances de la nuit.» affirme-t-il et dans le même temps, le Cardinal Bernadin Gantin (paix, tout de même, à son âme) qui n’a pas digéré l’institution d’une telle journée, a aussitôt décrété une campagne du tout sauf Soglo. Le rôle de ce leader d’opinion dans le choix des électeurs béninois a été alors fatal pour le pays. C’est ainsi qu’il faudra lire en partie, l’échec de Soglo à l’élection présidentielle à l’époque. Toute autre explication relèverait de la pure invention et de l’hypocrisie. On estime aujourd’hui à 60% le nombre de pratiquants béninois de cette religion et si elle était aussi dangereuse que certains tentent de le démontrer, on peut bien se demander ce que le pape Jean-Paul II est allé chercher dans ses couvents lors de son voyage en 1993 au Bénin.
«Le vodoun existe»
Y a-t-il un mal de créer le FIVOB qui va permettre aux Béninois d’ici et de la diaspora de s’octroyer une fois l’an, des moments de joie, de rencontres, de retrouvailles et de loisirs au travers des danses de revenants ou autres dans les rues au son des tambours ? Y a-t-il quelque chose de choquant de faire du Bénin la plate-forme culturelle du monde le temps d’un festival international du vodoun auquel participeraient les touristes du monde ? Pourquoi ne veut-on pas de se servir de cette immense richesse que nos ancêtres nous ont léguée pour faire de notre pays un grand pays touristique ? Pourquoi des intellectuels vont-ils continuer à élucubrer et à s’engouffrer dans des débats triviaux tels que «le vodoun est la source de nos malheurs» ou encore «le vodoun est responsable de la pauvreté du Bénin» ? Le Bénin a été le quartier latin de l’Afrique dans années 60 et entendre des Béninois raisonner ainsi aujourd’hui montre que d’autres pays ont bien fait de nous ravir ce titre. Rien ne saurait justifier la remise en question de l’organisation du FIVOB encore moins celle de la journée du Vodoun si ce n’est le fanatisme débridé et arriérant des néo-chrétiens que nous avons au pouvoir et qui ne peuvent pas concevoir que d’autres puissent croire à autre chose qu’à «leur» Dieu. «Si vous me demandez si je crois au vodoun. Je vous répondrai que le vodoun existe», dixit le Professeur Honnorat Aguessy, fondateur de l'Institut de développement et d'échanges endogènes (Idee). Diriez-vous du professeur qu’il est un rigolo, lui qui chaque année assure des modules de 200 heures destinés aux étudiants des universités, où l'on enseigne les traditions africaines et les secrets du vodoun ? Et que dire du père Jacob Agossou, qui officie à la cathédrale Sainte-Rita et qui reconnaît que «Toute religion est ouverture vers le spirituel.» Et qu’ «il y a dans le christianisme une dimension insaisissable que nous avons héritée des religions traditionnelles» ? Le débat est donc plus que jamais ouvert, s'il est dépassionné.
Profil de l'animateur
Patient ATCHO
lesdessousdelapolitique@ebeninois.com
|
|
Les mots-clés
Dernières notes

A mon avis












