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Depuis très longtemps, tu ne cesses de me blâmer et de me traiter de tous les noms. Dans ton dernier courriel, tu m’as même traité d’aigri, de frustré et de journaliste-poubelle. Franchement, je ne t’en veux pas. Je comprends de plus en plus au travers de tes messages que tu ne me connais pas aussi bien que tu le prétends. Je comprends simplement que parce que tu soutiens Yayi Boni, tu es aveuglé et abruti par ses décisions politiques.
J’ai toujours essayé d’être le plus juste possible mais n’oublie pas que je suis avant tout un être humain et que je peux avoir mon tempérament et mon ressenti par rapport aux faits. Tu peux tout me reprocher mais je sais au plus profond de moi que tu ne me changeras pas. Je ne serai jamais le partisan de Yayi Boni et je ne serai jamais le partisan de qui que soit en politique. Je ne suis pas là pour être partisan, je ne suis pas là pour dire que tout est beau alors tout est mauvais et je ne suis pas là non plus pour cracher sur tout. Si tu me lis régulièrement comme tu le dis, tu verras que je relève de temps en temps les mérites du Président. Mais j’avoue que je ne le fais pas souvent parce que simplement, il n’a pas souvent de mérite à mes yeux.
Yayi Boni est venu au pouvoir en nous abreuvant du terme de «changement». J’ai fait campagne, comme toi, pour lui à Paris parce que je croyais sincèrement, qu’avec lui, le Bénin entrerait dans une nouvelle phase, celle de la rupture avec les comportements classiques qui nous arrièrent. Aujourd’hui, c’est simplement un euphémisme que de te dire que je suis profondément déçu. Nous avons élu un Président qui n’est fondamentalement pas meilleur que Matthieu Kérékou ! Je suis désolé de devoir de te le dire tout cru…Tu es peut-être encore une fois choqué par ce que je dis, mais qu’à cela ne tienne, je n’ai pas peur de te perdre comme ami. L’écrivain Massa Makan Diabaté m’a a appris que «la vérité, il faut la dire aussi dure qu’elle soit, car elle rougit les yeux mais les crève pas». Je continuerai de te dire la vérité. Je crois que la seule différence entre Yayi Boni et Matthieu Kérékou est que l’un a gravi tous les échelons de diplômes tandis que l’autre n’en a aucun. Et c’est tout !!! J’ai fini par comprendre depuis 2006 que les politiciens intellectuels nous prennent pour des patates. Qu’est-ce que je reproche à Yayi Boni ? Je vais te le dire, cher ami. Je lui reproche sa mauvaise communication. Il a une communication bizarre et vieillotte qui date des années 60. Pourtant, il nous parle sans ambages de changement. Un Président qui ne distrait pas les Béninois avec le mot changement doit nous apporter quelque chose de nouveau dans sa manière de communiquer. Je croyais, sans te mentir, que Yayi Boni mettrait fin à l’accaparement politique permanent de l’ORTB. Je croyais qu’il mettrait fin aux audiences du Chef de l’Etat à la télévision publique. Je croyais qu’il réinventerait une nouvelle communication politique au Bénin. Je croyais que j’avais voté pour un Président moderne avec des idées nouvelles. Malheureusement, nous sommes en face d’un Président qui ne communique que par les autres. A tous les niveaux, il a nommé des griots pour chanter ses louanges. Pas de conférence de presse, pas de dialogue avec les Béninois. Yayi Boni se moque de tout le monde. Dommage et j’ai toujours mal au plus profond de moi, car Yayi Boni était pour moi le meilleur candidat. Mais une fois élu, l’ORTB est devenu sa maison ; les journalistes et responsables de l’office sont à sa merci au sens propre du terme.
L’autre vérité que je voudrais te dire, c’est au sujet de l’affaire Cen-sad dont tu crois, ne pas être la faute du Président. Je n’ai pas l’impression en te lisant que tu aies bien compris l’affaire. Je te la résume : en fait, en marge du sommet de la Communauté des États sahélo-sahariens (Cen-sad) organisé à Cotonou du 17 au 18 juin 2008, l’Etat Béninois a fait réfectionner à coup de milliards, le Palais des congrès et le Centre International des Conférences. Mais depuis lors, on croyait que tout était rose et bien organisé. Mais un rapport de l’Inspection Générale de l’Etat (IGE) vient mettre à nu toutes les magouilles et malversations financières opérées à tous les niveaux. On a le cœur fendu lorsqu’on apprend l’ampleur du crime sur le dos des contribuables béninois. Ne te trompe pas mon cher ami, Yayi Boni n’est pas complètement blanc dans cette affaire même si jusque-là aucune accusation franche n’est personnellement portée contre lui. Mais en tant que Président de République, il doit en endosser une grosse responsabilité en nommant des pilleurs à d’influents postes de responsabilité. Je ne sais pas si tu as maintenant tout compris mais tu remarques comme moi que depuis qu’il est au pouvoir, il parle de l’éradication de la corruption mais pratiquement tous ceux qui sont autour de lui sont des corrompus. Cette affaire ne sera pas la dernière et je parie même qu’elle passera bientôt aux oubliettes sans qu’il y ait des sanctions. Tu verras, c’est exactement cela, la définition du mot changement sous la présidence de Yayi Boni. Tous ceux qui commettent des malversations sont généralement ses plus proches collaborateurs et de ce fait, ceux-ci bénéficient toujours de son indulgence. Et tu penses que malgré tout cela, je vais continuer à faire semblant et à cacher aux Béninois la vérité comme le fait la presse béninoise depuis des années !!!
Et si avec tout ce que je viens de te dire, tu continues de croire que je ne suis qu’un un ami de mauvaise foi, c’est que tu donnes raison à Victor Hugo qui affirme que «la vérité, c’est comme le soleil. Elle fait tout voir mais ne se laisse pas regarder». Je ne te demande pas de ne pas continuer à supporter Yayi Boni mais je souhaite que tu aies tout au moins l’honnêteté de regarder la vérité en face.
Au plaisir de te lire.
Patient ATCHO
lesdessousdelapolitique@ebeninois.com
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