En salles dans l'hexagone ce 7 octobre, Le syndrome du Titanic, documentaire réalisé par Nicolas Hulot et Jean-Albert Lièvre, s'inscrit dans la lignée des films écolo-choc de ces dernières années. Avec quel impact sur le public ?
« Je crains d'être devenu lucide. » Nicolas Hulot a changé de ton. De toute évidence, la beauté de la Nature n'est plus un argument suffisamment puissant pour mobiliser les hommes. C'est désormais d'une voix grave qu'il commente, non sans une pointe de lassitude, les images du Syndrome du Titanic. Co-réalisé avec Jean-Albert Lièvre, le documentaire illustre l'absurdité de notre besoin insatiable de consommation, et l'injustice sociale exacerbée que subissent les plus démunis. Des images chocs s'enchaînent, dans un souci d'interpeler une fois de plus celui qui a les moyens de les voir. Hulot et son équipe sont donc allés filmer les routes sur-bondées des quatre coins du monde. Les foreuses, qui aspirent goulument un pétrole de plus en plus rare. Les riches, qui campent patiemment devant les magasins pour acheter le dernier i-Phone. Sans oublier les pauvres, qui trient à mains nues les composants toxiques des merveilles technologiques déjà dépassées. Un monde absurde, dans lequel l'appétit de richesse est devenu incontrôlable.
Nicolas Hulot l'avoue d'ailleurs, il a lui-même longtemps considéré le progrès « comme un processus irréversible dans les mains duquel on pouvait s'abandonner. » Mais le vent a tourné. Les ressources manquent déjà, et les premières guerres de la faim grondent dans plusieurs régions du monde. Alors, comme beaucoup, M. Ushuaia tente de réveiller les consciences, quitte à faire grincer les dents de ses plus fidèles sponsors. « Le modèle économique dominant n'est plus la solution, mais bien le problème. (…) Pourra-t-on prospérer sans croître ? » Un appel à la décroissance à peine dissimulé.
Des sponsors souvent controversés
Mais qu'en pensent donc EDF, L'Oréal, Bouygues ou la SCNF, qui figurent de près ou de loin dans la liste des sponsors de Hulot ? D'après l'émission PopCom de Canal+, l'écologiste aurait justement édulcoré la fin de son film sous la pression de la SNCF. L'intéressé affirme au contraire n'avoir « fait aucune modification suite à des commentaires de partenaires », et assume pleinement ce financement par des entreprises multinationales : « pour agir, il faut en avoir les moyens », justifie-t-il. Un argumentaire que l'on retrouve chez Yann-Arthus Bertrand, dont le film Home a été financé en grande partie par le mécénat de François-Henri Pinault, à la tête de PPR. Certes, sans le sponsoring d'entreprise, ces grosses productions ne verraient sûrement pas le jour. Mais leur crédibilité n'en est pas moins écornée, et sujette à polémique.
De nombreux cinéastes se sont brillamment essayés au film écologique sans solliciter les deniers de l’entreprise. C’est le cas notamment de l’autrichien Hubert Sauper, réalisateur du Cauchemar de Darwin (2004), et de son compatriote Erwin Wagenhofer auteur de We feed the world (2005), et plus récemment de Let’s make money (2009). C’est le cas également de Franny Armstrong, dont la fiction The age of stupid (2009) a été réalisée grâce à un financement communautaire : près de 250 citoyens ont investis entre 500 et 38 000 euros chacun.
Quel impact sur le grand public ?
Bien sûr, ces films ne bénéficient pas de la même visibilité et de la machine promotionnelle que Home, Le syndrome du Titanic ou Une vérité qui dérange (Al Gore, 2006). Ceux-là sont diffusés en masse, parfois dans des circuits gratuits pour les spectateurs (8,3 millions de téléspectateurs ont ainsi pu regarder Home sur France 2 le soir de sa sortie internationale). Ils sont projetés dans les écoles, les entreprises, voire même à l’Assemblée Nationale. Car c’est bien leur objectif : être vus par le plus grand nombre. Certes, les vertus pédagogiques de ces grosses productions sont indéniables. Mais quel est réellement l’impact social qu’on leur prête ? Favoriser une prise de conscience pour certains, se sentir culpabilisés pour d’autres, voire découragés d’agir tant les messages sont alarmistes ?
© Anne Farthouat
Nicolas Hulot l'avoue d'ailleurs, il a lui-même longtemps considéré le progrès « comme un processus irréversible dans les mains duquel on pouvait s'abandonner. » Mais le vent a tourné. Les ressources manquent déjà, et les premières guerres de la faim grondent dans plusieurs régions du monde. Alors, comme beaucoup, M. Ushuaia tente de réveiller les consciences, quitte à faire grincer les dents de ses plus fidèles sponsors. « Le modèle économique dominant n'est plus la solution, mais bien le problème. (…) Pourra-t-on prospérer sans croître ? » Un appel à la décroissance à peine dissimulé.
Des sponsors souvent controversés
Mais qu'en pensent donc EDF, L'Oréal, Bouygues ou la SCNF, qui figurent de près ou de loin dans la liste des sponsors de Hulot ? D'après l'émission PopCom de Canal+, l'écologiste aurait justement édulcoré la fin de son film sous la pression de la SNCF. L'intéressé affirme au contraire n'avoir « fait aucune modification suite à des commentaires de partenaires », et assume pleinement ce financement par des entreprises multinationales : « pour agir, il faut en avoir les moyens », justifie-t-il. Un argumentaire que l'on retrouve chez Yann-Arthus Bertrand, dont le film Home a été financé en grande partie par le mécénat de François-Henri Pinault, à la tête de PPR. Certes, sans le sponsoring d'entreprise, ces grosses productions ne verraient sûrement pas le jour. Mais leur crédibilité n'en est pas moins écornée, et sujette à polémique.
De nombreux cinéastes se sont brillamment essayés au film écologique sans solliciter les deniers de l’entreprise. C’est le cas notamment de l’autrichien Hubert Sauper, réalisateur du Cauchemar de Darwin (2004), et de son compatriote Erwin Wagenhofer auteur de We feed the world (2005), et plus récemment de Let’s make money (2009). C’est le cas également de Franny Armstrong, dont la fiction The age of stupid (2009) a été réalisée grâce à un financement communautaire : près de 250 citoyens ont investis entre 500 et 38 000 euros chacun.
Quel impact sur le grand public ?
Bien sûr, ces films ne bénéficient pas de la même visibilité et de la machine promotionnelle que Home, Le syndrome du Titanic ou Une vérité qui dérange (Al Gore, 2006). Ceux-là sont diffusés en masse, parfois dans des circuits gratuits pour les spectateurs (8,3 millions de téléspectateurs ont ainsi pu regarder Home sur France 2 le soir de sa sortie internationale). Ils sont projetés dans les écoles, les entreprises, voire même à l’Assemblée Nationale. Car c’est bien leur objectif : être vus par le plus grand nombre. Certes, les vertus pédagogiques de ces grosses productions sont indéniables. Mais quel est réellement l’impact social qu’on leur prête ? Favoriser une prise de conscience pour certains, se sentir culpabilisés pour d’autres, voire découragés d’agir tant les messages sont alarmistes ?
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