La mouche tsé-tsé menace les villes d'Afrique de l'Ouest, après avoir quasiment déserté son habitat naturel, la savane. C'est ce que révèle une étude de l'Institut de recherche pour le développement (IRD), parue en juin. Si ce diptère sévit depuis toujours en Afrique, c'est la première fois qu'il s'attaque aux villes, phénomène dû à l'impact des importantes évolutions démographiques et climatiques ces dernières décennies.
Les mouches tsé-tsé transmettent aux hommes et aux animaux le parasite responsable de la trypanosomiase, dite maladie du sommeil, qui attaque le système nerveux et provoque la folie : s'il n'est pas traité, le malade sombre dans le coma et finit par mourir. Or, il n'existe aucun vaccin et il est très difficile de dépister la maladie à temps chez des populations peu informées, en particulier au Liberia, en Sierra Leone, en Guinée-Bissau et au Nigeria. Bien qu'elle soit un problème majeur de santé publique en Afrique, "la trypanosomiase reste une maladie négligée", déplore Fabrice Courtin, chercheur de l'IRD au Burkina Faso et coauteur de l'étude.
En effet, au cours du XXe siècle, la maladie a régressé, et son extension géographique a diminué, si bien qu'elle a été considérée comme résiduelle. La surveillance s'est relâchée. Mais, depuis les années 1970, on constate une recrudescence de la maladie, qui menace des millions de personnes, et en affecte de 50 000 à 70 000 par an, selon les estimations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Seule une petite partie est dépistée et a accès aux soins.
CIBLER LES ZONES MENACÉES
Les foyers de la maladie semblent s'être déplacés. Longtemps les mouches tsé-tsé ont ravagé les savanes et les zones rurales reculées, pauvres et faiblement peuplées. Mais leur milieu naturel a été détérioré par l'aridité qu'a accrue le réchauffement climatique ; les hommes plus nombreux dans ces contrées ont dégradé le couvert végétal et mis en péril la faune sauvage. Les mouches tendent à disparaître des savanes.
Or, certaines espèces de tsé-tsé particulièrement tenaces, les palpalis, ont réussi à s'adapter aux conditions urbaines. Les auteurs de l'étude relèvent de fortes densités de tsé-tsé dans la plupart des grandes villes d'Afrique de l'Ouest comme Abidjan (Côte d'Ivoire) et Dakar (Sénégal), et d'Afrique centrale comme Kinshasa (République démocratique du Congo) frappée par une épidémie à la fin des années 1990. Les risques augmentent avec la densité des populations exposées dans ces villes africaines, d'autant que les palpalis, les plus dangereuses, s'attaquent davantage à l'homme.
La maladie menace de se propager à cause de l'intense mobilité de la population en Afrique subsaharienne. Dans cette zone en forte croissance démographique, touchée de plein fouet par le réchauffement climatique, la lutte pour les ressources économiques, les terres et l'eau, provoque de plus en plus de conflits et de migrations.
Les guerres civiles provoquent des flux de population, comme récemment au Liberia, en Sierra Leone et en Côte d'Ivoire, où la crise de 2002 a déplacé un million de personnes. Et l'instabilité de la région risque de se prolonger, comme le prévoit l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
Ces migrations conduisent des populations infectées dans des zones où les tsé-tsé ne véhiculent pas le parasite - car toutes les mouches ne sont pas porteuses de la maladie. Or, ces mouches peuvent à leur tour contracter le parasite en piquant un homme infecté.
Inversement, elles amènent dans les zones d'endémie des populations n'ayant jamais été en contact avec le parasite, et donc plus vulnérables. La mobilité des populations nuit à l'instauration de plans d'intervention médicale efficaces et durables.
Face à la résurgence de la maladie, l'OMS renforce son programme de lutte. En collaboration avec l'OMS, l'IRD propose d'"accentuer les recherches sur les projections futures de la distribution des tsé-tsé", pour mieux cibler les zones menacées et les campagnes d'intervention médicale.
Par Diane Robin / In lemonde.fr
En effet, au cours du XXe siècle, la maladie a régressé, et son extension géographique a diminué, si bien qu'elle a été considérée comme résiduelle. La surveillance s'est relâchée. Mais, depuis les années 1970, on constate une recrudescence de la maladie, qui menace des millions de personnes, et en affecte de 50 000 à 70 000 par an, selon les estimations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Seule une petite partie est dépistée et a accès aux soins.
CIBLER LES ZONES MENACÉES
Les foyers de la maladie semblent s'être déplacés. Longtemps les mouches tsé-tsé ont ravagé les savanes et les zones rurales reculées, pauvres et faiblement peuplées. Mais leur milieu naturel a été détérioré par l'aridité qu'a accrue le réchauffement climatique ; les hommes plus nombreux dans ces contrées ont dégradé le couvert végétal et mis en péril la faune sauvage. Les mouches tendent à disparaître des savanes.
Or, certaines espèces de tsé-tsé particulièrement tenaces, les palpalis, ont réussi à s'adapter aux conditions urbaines. Les auteurs de l'étude relèvent de fortes densités de tsé-tsé dans la plupart des grandes villes d'Afrique de l'Ouest comme Abidjan (Côte d'Ivoire) et Dakar (Sénégal), et d'Afrique centrale comme Kinshasa (République démocratique du Congo) frappée par une épidémie à la fin des années 1990. Les risques augmentent avec la densité des populations exposées dans ces villes africaines, d'autant que les palpalis, les plus dangereuses, s'attaquent davantage à l'homme.
La maladie menace de se propager à cause de l'intense mobilité de la population en Afrique subsaharienne. Dans cette zone en forte croissance démographique, touchée de plein fouet par le réchauffement climatique, la lutte pour les ressources économiques, les terres et l'eau, provoque de plus en plus de conflits et de migrations.
Les guerres civiles provoquent des flux de population, comme récemment au Liberia, en Sierra Leone et en Côte d'Ivoire, où la crise de 2002 a déplacé un million de personnes. Et l'instabilité de la région risque de se prolonger, comme le prévoit l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
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