Cotonou, la capitale économique du Bénin, est devenue l'une des villes les plus polluées d'Afrique de l'Ouest. Principale source de cette pollution : les pots d'échappement des vieilles motos et autos, massivement importées d'Europe et d'Asie, qui roulent à l'essence frelatée.
Cotonou, aux alentours du port autonome de Cotonou
Une épaisse fumée noire entoure les voitures et les nombreuses motos arrêtées aux feux tricolores. La visibilité est pratiquement nulle. Certains motocyclistes portent la main à leur nez. D'autres essuient leurs yeux larmoyants. Un homme descend d'un véhicule et se précipite au bas de la route. Il a du mal à respirer.
A Cotonou, des scènes de ce genre ne sont ni rares ni isolées. Dans toute la ville, l'air est devenu irrespirable à cause des gaz d'échappement. Malgré la chaleur, des motocyclistes circulent désormais avec des cache-nez ou des mouchoirs pour se protéger le nez et la bouche. "Traverser la ville est devenu un véritable calvaire. La fumée est partout présente", constate avec amertume un fonctionnaire. "Nous mourons à petit feu, pour ne pas dire à petit gaz", s'inquiète Albert Nouhouayi, professeur à l'Université nationale du Bénin.
Le professeur Martin Gninafon du Centre national hospitalier universitaire (Cnhu) de Cotonou, spécialiste des maladies respiratoires, ne cache pas ses appréhensions : "A Paris, lorsqu'on dit que la pollution a atteint une cote élevée, on ne voit pratiquement rien dans l'air. Ici, à Cotonou, la fumée est visible et palpable de façon permanente. C'est vous dire que nous courons à une catastrophe sur le plan sanitaire". Pour étayer ses propos, le professeur cite l'exemple de l'un de ses patients, un policier non fumeur qui, pour avoir travaillé aux carrefours, a développé en moins de cinq ans un cancer foudroyant qui l'a emporté. Secret médical oblige, le médecin n'a pas voulu révéler son nom.
Nombreux sont les spécialistes de la santé qui craignent dans les années à venir la multiplication des cas de cancer des voies respiratoires. Pour l'instant, on déplore déjà l'augmentation des bronchites, rhinites, sinusites, pharyngites et rhumes en tous genres.
Essence frelatée.
La pollution atmosphérique à Cotonou est due essentiellement aux véhicules d'occasion. En juillet 1998 déjà, on en comptait 40 000, importés pour la plupart des pays asiatiques ; auxquels s'ajoutent les motos à usage personnel. Au total : plus de 100 000 motos pétaradantes et fumantes.
Autre pratique à risque, en cas de pénurie du carburant du Nigéria, les petits vendeurs de rue vont acheter à la station de l'essence ordinaire à laquelle ils mélangent du pétrole. Tout cela contribue à empester l'atmosphère et à mettre en danger les moteurs des motos, des engins qui, du reste, ne sont soumis à aucun contrôle technique. Seules les voitures ont l'obligation de subir une visite technique organisée par le Centre national de la sécurité routière (Cnsr). Un contrôle qui laisse parfois à désirer puisque certaines personnes parviennent, à coup de pots-de-vin, à obtenir les pièces indiquant que la visite technique a été faite alors que les agents du Cnsr n'ont jamais vu les véhicules en question.
Bloquer les importations ?
Face à ce laxisme et à l'aggravation continue de la pollution, le professeur Célestin Hounkpè préconise le blocage, ne serait-ce que temporaire, de l'importation des véhicules d'occasion. "Ces engins, explique-t-il, nous dépannent aujourd'hui. Puisqu'ils permettent à l'Etat de faire des rentrées fiscales, à certains jeunes d'exercer au moins des emplois de conducteurs de zémidjan et aux populations de disposer d'un moyen de transport pratique et peu coûteux. Mais le gain d'aujourd'hui est de loin mineur par rapport aux dangers qu'on encourt demain."
Sans aller jusqu'à réclamer la suppression des importations, le docteur Bonaventure Guèdègbé de l'Agence béninoise pour l'environnement (Abe) propose que le gouvernement détermine l'âge maximal des véhicules d'occasion que le Bénin peut accueillir sur son territoire. "Aujourd'hui, on accepte des véhicules de tout âge, même de plus de 20 ans, transformant ainsi le pays en un dépotoir de carcasses branlantes des pays développés".
Il souhaite aussi que la municipalité établisse des plans de circulation de telle sorte qu'à certaines heures de pointe, une partie des véhicules soit obligée de contourner la ville. Il préconise par ailleurs la construction de voies larges pour que l'air circule. "Le vrai problème, soutient-il, c'est qu'il y a une fuite de responsabilité des pouvoirs publics qui tardent à définir une politique globale et des stratégies claires de lutte contre la pollution atmosphérique." Pour l'instant, la fumée continue d'imposer sa loi à Cotonou, faisant de cette ville "le Mexico d'Afrique", pour reprendre l'expression de Toussaint Hinvi, président du parti des Verts.
© Syfia International
A Cotonou, des scènes de ce genre ne sont ni rares ni isolées. Dans toute la ville, l'air est devenu irrespirable à cause des gaz d'échappement. Malgré la chaleur, des motocyclistes circulent désormais avec des cache-nez ou des mouchoirs pour se protéger le nez et la bouche. "Traverser la ville est devenu un véritable calvaire. La fumée est partout présente", constate avec amertume un fonctionnaire. "Nous mourons à petit feu, pour ne pas dire à petit gaz", s'inquiète Albert Nouhouayi, professeur à l'Université nationale du Bénin.
Le professeur Martin Gninafon du Centre national hospitalier universitaire (Cnhu) de Cotonou, spécialiste des maladies respiratoires, ne cache pas ses appréhensions : "A Paris, lorsqu'on dit que la pollution a atteint une cote élevée, on ne voit pratiquement rien dans l'air. Ici, à Cotonou, la fumée est visible et palpable de façon permanente. C'est vous dire que nous courons à une catastrophe sur le plan sanitaire". Pour étayer ses propos, le professeur cite l'exemple de l'un de ses patients, un policier non fumeur qui, pour avoir travaillé aux carrefours, a développé en moins de cinq ans un cancer foudroyant qui l'a emporté. Secret médical oblige, le médecin n'a pas voulu révéler son nom.
Nombreux sont les spécialistes de la santé qui craignent dans les années à venir la multiplication des cas de cancer des voies respiratoires. Pour l'instant, on déplore déjà l'augmentation des bronchites, rhinites, sinusites, pharyngites et rhumes en tous genres.
Essence frelatée.
La pollution atmosphérique à Cotonou est due essentiellement aux véhicules d'occasion. En juillet 1998 déjà, on en comptait 40 000, importés pour la plupart des pays asiatiques ; auxquels s'ajoutent les motos à usage personnel. Au total : plus de 100 000 motos pétaradantes et fumantes.
Autre pratique à risque, en cas de pénurie du carburant du Nigéria, les petits vendeurs de rue vont acheter à la station de l'essence ordinaire à laquelle ils mélangent du pétrole. Tout cela contribue à empester l'atmosphère et à mettre en danger les moteurs des motos, des engins qui, du reste, ne sont soumis à aucun contrôle technique. Seules les voitures ont l'obligation de subir une visite technique organisée par le Centre national de la sécurité routière (Cnsr). Un contrôle qui laisse parfois à désirer puisque certaines personnes parviennent, à coup de pots-de-vin, à obtenir les pièces indiquant que la visite technique a été faite alors que les agents du Cnsr n'ont jamais vu les véhicules en question.
Bloquer les importations ?
Face à ce laxisme et à l'aggravation continue de la pollution, le professeur Célestin Hounkpè préconise le blocage, ne serait-ce que temporaire, de l'importation des véhicules d'occasion. "Ces engins, explique-t-il, nous dépannent aujourd'hui. Puisqu'ils permettent à l'Etat de faire des rentrées fiscales, à certains jeunes d'exercer au moins des emplois de conducteurs de zémidjan et aux populations de disposer d'un moyen de transport pratique et peu coûteux. Mais le gain d'aujourd'hui est de loin mineur par rapport aux dangers qu'on encourt demain."
Sans aller jusqu'à réclamer la suppression des importations, le docteur Bonaventure Guèdègbé de l'Agence béninoise pour l'environnement (Abe) propose que le gouvernement détermine l'âge maximal des véhicules d'occasion que le Bénin peut accueillir sur son territoire. "Aujourd'hui, on accepte des véhicules de tout âge, même de plus de 20 ans, transformant ainsi le pays en un dépotoir de carcasses branlantes des pays développés".
Il souhaite aussi que la municipalité établisse des plans de circulation de telle sorte qu'à certaines heures de pointe, une partie des véhicules soit obligée de contourner la ville. Il préconise par ailleurs la construction de voies larges pour que l'air circule. "Le vrai problème, soutient-il, c'est qu'il y a une fuite de responsabilité des pouvoirs publics qui tardent à définir une politique globale et des stratégies claires de lutte contre la pollution atmosphérique." Pour l'instant, la fumée continue d'imposer sa loi à Cotonou, faisant de cette ville "le Mexico d'Afrique", pour reprendre l'expression de Toussaint Hinvi, président du parti des Verts.
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