Rédigé le 09/07/2010 Dernière modification le 27/01/2011 - 20:38

Togo : combat contre la mort pour les porteurs du VIH

Pénurie des antirétroviraux



Elles se sont battues pour avoir accès aux antirétroviraux mais peinent aujourd’hui à en disposer à temps pour leur survie. Les antidotes miracles sont continûment en rupture de stock au Togo et mettent en péril la vie de milliers de personnes vivant avec le VIH/Sida.



Distribution des antirétroviraux aux porteurs du VIH
Distribution des antirétroviraux aux porteurs du VIH
Des cercueils vernissés alignés le long de l’allée menant à la morgue de Lomé scintillent sous l’effet des rayons incandescents du soleil, narguant la Centrale d’achat des médicaments essentiels et génériques (CAMEG), située comme par ironie juste à côté. L’image est épouvantable pour une PVVIH qui doit traverser cette allée bordée de cercueils pour se procurer des médicaments.
L’ambiance est à l’accalmie, cet après-midi, aux abords de la CAMEG sise à Tokoin-hôpital, l’un des quartiers populeux de la capitale togolaise. Les bureaux sont vides à l’heure de la pause. Plusieurs personnes attendent avec impatience la reprise du service sous le hangar situé à l’arrière-plan du bâtiment central. Pas question pour Mickaël J., chauffeur de profession, de bouger d’un pouce ses fesses du banc sur lequel il s’est assis depuis le matin. Voilà près de cinq heures qu’il attend les antirétroviraux grâce auxquels il a retrouvé la joie de vivre. Séropositif, il fait partie des 7000 personnes vivant avec le VIH (PVVIH) bénéficiant de ce traitement au Togo. Un privilège, reconnaît-il. Mais l’accès à ces médicaments est loin d’être une partie de plaisir. « Il y a six semaines j’ai dû retourner à Kara (ville située à plus de 400 km au nord de Lomé) où je travaille sans les produits parce qu’il y avait une rupture de stock », indique-t-il, le regard caché derrière ses verres fumés. Si aujourd’hui il lui est possible d’avoir gratuitement ces médicaments en présentant la photocopie de l’ordonnance prescrite par son médecin et le carnet d’ayant-droit, l’attente est par contre, très éprouvante et l’idée de faire un voyage infructueux chaque fois qu’il y a rupture des antirétroviraux, l’agace. Il n’écarte non plus les risques qu’il court en ratant parfois ses prises quotidiennes de médicaments. « Que pouvons-nous contre cette réalité ? Absolument rien, souligne-t-il». La voix pleine d’amertume. La veille, une femme exténuée par l’attente s’est écroulée au milieu des patients, selon les témoignages.
L’état de siège observé à la Centrale d’achat des médicaments essentiels et génériques est quotidien, confirme Kokouvi Augustin Dokla, président du Réseau des associations de personnes vivant avec le VIH/Sida au Togo (Ras+ Togo). Chaque jour, de nombreuses personnes provenant de plusieurs contrées du pays font le pied de grue, exposées aux intempéries pour bénéficier des antidotes miracles qui leur permettent de bloquer la multiplication des virus dans l’organisme. Depuis janvier 2007 jusqu'à ce jour, elles sont malheureusement confrontées aux ruptures incessantes de stocks des ARV. Ces ruptures constatées depuis plusieurs mois résultent d'un manque de financement durable. Le Fonds mondial de lutte contre le sida qui était le seul partenaire important du Togo pour l'approvisionnement en ARV a gelé ses subventions pour des manquements et irrégularités dans la gestion des ressources.
Cependant, il continue de soutenir l'achat des ARV pour les 3.000 malades qu’il a pris en charge. Les désagréments causés aux personnes vivant avec le VIH/Sida par ces ruptures expliquent le sit-in organisé l’année dernière devant le Parlement togolais. « Il fallait crier notre ras-le-bol, et demander que des efforts soient faits par toutes les parties prenantes, en vue d’éviter aux PVVIH de développer des résistances et d’avoir des complications », défend M. Dokla. Un appel qui semble avoir été entendu avec la livraison d’une cargaison d’antirétroviraux en provenance de l’Inde. Un stock qui, malheureusement, ne couvrira que deux mois.

La croix et la bannière

Pour Mme Justine Koussadé, conseillère psycho-sociale à l’association ‘’Espoir Vie Togo’’, outre la centralisation au niveau de la CAMEG des opérations de dispensation des ARV, les incessantes ruptures de stock de ces produits ont des conséquences graves sur la santé des bénéficiaires parmi lesquels on compte 70% de femmes. «Un traitement arrêté donne le champ aux virus de développer une résistance vis-à-vis du médicament. En cas d’échec thérapeutique nous sommes obligés de changer de traitement mais encore faut-t-il que les molécules soient disponibles pour qu’on puisse redonner au patient une autre chance de vivre. Ces fréquentes ruptures nous compliquent la tâche », explique Dr Ephrem Mensah, médecin traitant des PVVIH au siège de l’ONG « Espoir-Vie Togo ». Pis, la femme enceinte chez qui on détecte une charge virale élevée, en cas de rupture d’ARV, court le risque d’infecter depuis le ventre son enfant avant la naissance. L’indication des ARV étant une priorité chez ces femmes. La disponibilité en permanence de ces médicaments est un véritable casse-tête pour les PVVIH qui devront continûment veiller à s’approvisionner en médicaments cinq à six jours avant l’épuisement de leur réserve personnelle, à en croire Mme Elisabeth Akakpo épouse Assima-Kpatcha, directrice exécutive par intérim de ‘’Espoir Vie Togo’’. Un chemin de croix qui ne dit pas son nom. Si du côté des autorités en charge de la santé on assure que ces ruptures vont être jugulées, au niveau des bénéficiaires de ces produits on joue au St Thomas. Les difficultés vécues jusque-là sont loin de leur faire baisser la garde. « Il faut trouver des solutions durables. Il faudrait que le gouvernement puisse inscrire dans le budget une ligne destinée à l’achat des ARV. Il faudrait que les partenaires du pays puissent également renforcer leurs appuis aux PVVIH », recommande le président du réseau. En plus de mettre à la disposition des centres hospitaliers universitaires et régionaux ces ARV, il faudra, selon Dr Ephrem Mensah, favoriser également l’accès aux associations de PVVIH et aux ONG impliquées dans la prise en charge pour décentraliser les opérations de dispensation.

Par Kokouvi EKLOU

Les  antirétroviraux
Les antirétroviraux

Ce qu’il faut savoir

Au Bénin, 50 personnes entrent quotidiennement en contact avec le virus du VIH. Quand on prend ces 50 personnes multipliées par 30 (un mois), multipliées par 12 (un an) et par 20 (vingt ans), on a à peu près le nombre de séropositifs Béninois. Pour bénéficier de la trithérapie, il faut d’abord en être éligible. Un traitement d’un mois coûte environ 200.000 francs CFA. Mais l’Etat demande un remboursement en fonction de la catégorie socioprofessionnelle du malade. Il est de l’ordre de 1.000 francs à 20.000 francs CFA. Pour les malades indigents, on leur exige 1.000 francs par mois et 20.000 francs pour les autres. Le reste de la cagnotte est payée par les contributions de l’Etat à travers des projets.

Incidences économiques du Sida sur le continent

La croissance économique d’un pays est habituellement corrélée à l’espérance de vie. On considère que 0,5% de croissance économique est gagné pour chaque 5 ans d’espérance de vie supplémentaire. Avec une espérance de vie à 49 ans, la croissance économique de l’Afrique se trouve gravement hypothéquée. Les dépenses en infrastructures, en personnel et en formation que nécessite le SIDA grèvent considérablement le développement économique de pays déjà bien mal partis. Des marchés du travail peu développés, des taux d’épargne et d’investissement insuffisants, des standards de gouvernance inadaptés et un niveau d’éducation globalement faible sont autant de facteurs qui aggravent l’impact du SIDA sur la région tout entière. Dans tous les cas de figure, l’incidence économique de l’épidémie de SIDA sur les pays africains est majeure. Les études actuelles sont incapables de chiffrer les conséquences sur l’agriculture, la production industrielle, la sécurité alimentaire et plus encore sur les inévitables conséquences sociales de l’épidémie : destruction des familles et des structures sociales, millions d’orphelins livrés à eux-mêmes (il est prévu 41 millions d’orphelins en Afrique en 2010), réduction à néant des réseaux communautaires. Certains économistes en concluent même que, dans les années à venir, les économies africaines vont « imploser sous l’effet du SIDA ».

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K. EKLOU

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