Rédigé le 26/07/2010 Dernière modification le 26/07/2010 - 17:24

Révolution GSM : le réseau fixe en danger au Bénin

La problématique de la libéralisation du réseau fixe



Dans un contexte aussi concurrentiel que celui des télécommunications, l’avenir de la téléphonie fixe au Bénin se joue. Face aux nombreux défis auxquels il fait face, le réseau conventionnel est à la croisée des chemins. Autopsie d’une libéralisation qui se profile…

Dossier réalisé par Gnona AFANGBEDJI & Kokouvi EKLOU



Un téléphone fixe
Un téléphone fixe
Le constat de Saliou Djima, expert des télécoms est sans appel. La libéralisation du secteur de la téléphonie au Bénin a un goût d’inachevé. Alors que dans de nombreux pays de la sous-région francophone, le réseau filaire est passé dans les mains des opérateurs privés, l’Etat béninois a fait l’option du monopole sur la téléphonie fixe. Pourtant, à l’aune de la libéralisation, des signaux forts devraient militer en faveur de la libéralisation de ce segment de la téléphonie. Selon lui, l’Etat aujourd’hui a démontré son incapacité à moderniser ce sous-secteur des télécommunications qui garde pourtant toute son importance en dépit de l’évolution exponentielle de la téléphonie mobile. Au moment où le Bénin ouvrait son secteur des télécommunications aux investisseurs privés, Bénin Télécoms, l’opérateur historique était confronté à une saturation quasi-totale du réseau téléphonique filaire dont plus de 50 000 demandes sont restées insatisfaites. Actuellement Bénin Télécoms dispose d’un réseau d’abonnés fixe (dont plus des deux tiers sur la seule ville de Cotonou). Avec la restructuration de l’entreprise, entamée en 2006, Bénin Télécoms a introduit le réseau fixe sans fil dans ses produits, grâce à un partenariat avec l’opérateur chinois ZTE. Conçu sur la base d’un système CDMA, ce nouveau produit baptisée « Zékédé » a enregistré, environ 55 000 abonnés, à en croire les statistiques de l’entreprise. Mais le système est loin de combler aujourd’hui les attentes. Dans le même temps, Bénin Télécoms a toujours des difficultés à raccorder les nouveaux abonnés filaires. De sorte qu’on est passé de 78 000 lignes en 2006 à 44 000 lignes en 2008. Près de 17 000 mille lignes filaires devraient être résiliées, selon le syndicat des travailleurs de Bénin Télécoms.
Aujourd’hui l’Etat a enclenché le processus de privatisation de Bénin Télécoms. Désiré Adadja, ministre béninois en charge des Nouvelles technologies indique que la principale raison de la mesure de privatisation tient au fait que l'Etat n'a pas la capacité de faire face à la concurrence implacable dans ce secteur en pleine évolution. Il n'y a que les promoteurs privés pour maîtriser les contraintes modernes de ce secteur et le rentabiliser. «L'Etat ne peut plus avoir la réactivité nécessaire pour répondre à la concurrence dans ce secteur», soutient le ministre. Derrière l’argument de la concurrence se cachent en réalité les difficultés de trésorerie de l’entreprise. Bénin Télécoms frôle le dépôt de bilan depuis bientôt cinq ans. Au bord de la faillite, le gouvernement a fini par se convaincre de la nécessité de se débarrasser de cette société qui ploie sous les dettes. L’ardoise que traîne aujourd’hui Bénin Télécoms est estimée à environ 200 milliards de francs Cfa. Quid du réseau filaire ! Patrimoine de l’opérateur historique, plusieurs analystes indiquent qu’il passera dans les mains du nouveau repreneur. Désiré Adadja le confirme. D'après lui, le plan de privatisation de la société prévoit, la libéralisation à la fois de la téléphonie mobile et du fixe, le maintien de l'Etat dans le capital de la société et la sauvegarde des emplois. Il prévoit en outre un partenaire stratégique qui détiendra au moins 51 % du capital. « La privatisation de l’opérateur historique ne veut pas forcément dire la libéralisation du réseau traditionnel filaire », parie Saliou Djima qui redoute un message du monopole public et un monopole privé.

L’avenir du réseau filaire est-il hypothéqué ?

Combien sont-ils encore aujourd’hui les Béninois qui s’accrochent à leur combiné pour passer des coups de fils ? Difficile de le dire au regard du boom de la téléphonie mobile au Bénin. Aujourd’hui, donner uniquement son numéro de téléphone fixe à quelqu’un s’apparente à l’expression d’un refus tacite de confier ses contacts au demandeur. Aujourd’hui l’usage de la téléphonie fixe a complètement perdu du terrain au point qu’il est devenu un outil purement destiné aux besoins de l’administration et des entreprises. Les chiffres au niveau de Bénin Télécoms le confirment. Depuis 2006, aucune extension n’a été effectuée sur le réseau filaire. Pire, selon les indiscrétions du syndicat des travailleurs de la société, près de 17 000 lignes filaires seront encore résiliés avant le 30 juin 2010. Ces chiffres, même s’ils ne montrent pas le désintérêt des Béninois pour le réseau filaire, reflètent la descente aux enfers du réseau traditionnel.
Pourtant, de nombreux spécialistes de télécoms indiquent que le réseau filaire garde toujours sa place dans ce monde en pleine mutation technologique. Quand bien même son utilité pour les communications interpersonnelles s’est émoussée avec la démocratisation du GSM, le réseau filaire reste avant tout un support efficace pour l’internet haut débit. « On ne saurait négliger l’extension du réseau traditionnel au profit de technologies plus simples, parfois moins onéreuses mais limitées quant à leurs performances comme le CDMA. Pour permettre le développement de l’ADSL qui présente un niveau de performance élevé et des capacités fonctionnelles exceptionnelles de débit, il faut un vaste plan de développement du réseau traditionnel cuivre, seul capable d’acheminer les technologies d’accès à haut débit. L’ADSL suppose l’existence d’un réseau filaire étendu », indique Hervé Hountondji, ingénieur, directeur de la société O2S Technologies. Il soutient que l’abandon de l’extension du réseau filaire explique entre autres, les difficultés des fournisseurs d’accès internet à offrir des services internet haut débit à leur clientèle.
Au-delà de son apport pour la technologie haut débit, Pascal Sossou, expert en télécoms, trouve que les télécoms fixes offrent des garanties de sécurité. « La téléphonie mobile est parfois source d’insécurité. Beaucoup de jeunes arnaquent du fait de l’anarchie qui entoure la commercialisation des cartes Sim. Il n’existe pas d’annuaire téléphonique. Il est devenu aujourd’hui très difficile d’identifier des personnes derrière des numéros de téléphones », déplore l’expert qui plaide pour une politique d’extension du réseau filaire.

Un téléphone fixe sans fil CDMA ou Zékédé
Un téléphone fixe sans fil CDMA ou Zékédé

Téléphonie fixe sans fil : Entre espoir et illusion

Monopole de la société Bénin Télécoms SA, la téléphonie fixe au Bénin connaît une nouvelle ère avec l’avènement du réseau fixe sans fil CDMA. Si cette révolution vient quelque peu satisfaire les nombreuses demandes en attente, le calvaire des consommateurs est loin de prendre fin avec les problèmes techniques que connaît ce nouvel outil de communication.

Sur son bureau, le téléphone fixe sans fil dénommé ‘’Zékédé’’ alerte Jean Makoutodé, transitaire à Cotonou. La sonnerie stridente de cet appareil le sort de sa torpeur. A la pause, il se tapait bien un petit sommeil en compagnie d’un compère. Mais l’appel le ramène à la réalité du service. Dans son empressement il décroche le combiné mais au bout du fil son interlocuteur se fait bien muet. Jean semble ne rien entendre en retour. Manifestement remonté à cran il raccroche. Quelques instants plus tard la sonnerie résonne et le même scénario se produit. « Ça dure depuis deux jours ; cet appareil m’agace », maugrée-t-il à son compagnon. « Mais pourquoi ne le leur signales-tu pas à Bénin Télécoms ? » lui demande ce dernier. « Tranquillises-toi cher ami ; cet appareil m’a déjà été une fois changé et je ne me vois pas encore aller réclamer quoique ce soit. Pour moi ce n’est pas la solution », réplique-t-il.
Aux fins de compenser le déficit du réseau filaire pour lequel Bénin Télécoms n’arrivait pas à satisfaire les nombreuses demandes de ses clients, la société a lancé, en août 2007, le réseau fixe sans fil CDMA en partenariat avec la société d’Etat chinoise ZTE.
Tôt les consommateurs ont vu à travers cet outil un puissant moyen de communication susceptible de pallier les lacunes du réseau téléphonique filaire au Bénin.
« L’espoir en ce nouvel outil de communication a été grand tant les consommateurs étaient dans l’attente des lignes fixes. De plus son usage pratique en tout lieu a permis de combler un tant soit peu les attentes », note Lucien Amadji, tenancier d’une gargote en plein cœur de Cotonou. Aussi bien à Cotonou que dans les grandes villes du pays, le réseau fixe sans fil CDMA a facilité les échanges entre les populations et amélioré considérablement la télédensité qui est de l’ordre d’une ligne pour cent habitants sur le réseau conventionnel.
L’espoir tant suscité par l’avènement de ce service va peu à peu se dissiper face aux défaillances techniques notées au niveau du fonctionnement dudit réseau. Appareils défaillants, instabilité et difficulté à disposer du réseau…Les problèmes auxquels est confronté le réseau fixe sans fil sont nombreux et malgré un service dépannage assez dynamique, les plaintes des clients se multiplient.
« A force d’avoir continuellement des problèmes, j’ai dû cesser d’utiliser cet appareil. Peut-être que j’ai eu moins de chance que certains qui continuent de profiter de ses services », indique Marc A. quelque peu coléreux mais optimiste quant à l’amélioration de la qualité des services. « Ils finiront par trouver des solutions à ces multiples problèmes mais pour le moment nous subissons les conséquences ».
Considéré comme la panacée aux problèmes d’obsolescence et d’insuffisance du matériel au niveau du réseau filaire fixe d’une part, et d’autre part, de la saturation en matière de téléphonie mobile il y a quelque temps, le réseau fixe sans fil est à la croisée des chemins. Une situation qui est loin d’ébranler les responsables de la société dans leur volonté de voir la télédensité être multipliée par dix. L’ambition étant de disposer de 800.000 lignes ; ce qui donnerait un taux de pénétration dans la population de 10%. A côté de l’accroissement quantitatif, une meilleure répartition régionale est également souhaitée. Voir tous les villages et hameaux disposer du réseau fixe sans fil est un défi pour la société. La recherche de solutions aux défaillances observées sur le réseau CDMA, défend-on du côté de la direction de la société, est une préoccupation majeure.
En attendant toute réforme susceptible d’améliorer la qualité des services, le réseau CDMA étend inexorablement son champ de couverture à la satisfaction de Bénin Télécoms mais non sans illusion de certains consommateurs.
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Gnona AFANGBEDJI & Kokouvi EKLOU

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