Rédigé le 08/08/2010 Dernière modification le 08/08/2010 - 10:04

Promotion des exportations au Bénin : 50 années de monoculture



Le palmier à huile hier, le coton aujourd’hui, pendant 50 ans, le Bénin a surtout brillé dans la promotion d’une seule culture d’exportation. Les diverses tentatives pour aller vers la diversification des productions de rente se sont soldées par un échec.



Un camion gros porteur transportant du coton brut
Un camion gros porteur transportant du coton brut
Les grands défenseurs de la fédération des anciennes colonies de l’Afrique occidentales françaises comme Modibo Kéita et Léopold Sédar Senghor vont certainement remuer dans leur tombe lorsqu’on dressera le bilan économique des 50 années d’indépendance des pays de cet espace. Déjà à cette époque, ils avaient conscience des faiblesses des économies des colonies respectives et savaient que l’orientation économique du colon ne saurait être bénéfique aux nouveaux Etats indépendants. Ils avaient alors nourri l’ambition d’un espace régional économiquement fort bâti autour des cultures de rente de chaque région de l’AOF. Malheureusement, les tenants du cloisonnement ont gagné la bataille idéologique et chaque colonie a retrouvé son autonomie. Le Dahomey indépendant s’est ainsi retrouvé avec comme principal produit d’exportation le palmier à huile.
Déjà développée dès la seconde moitié du XIXè siècle dans le royaume du Danxomé, la culture du palmier à huile a pris une certaine ampleur durant la période coloniale. D’ailleurs, les Béninois se vantent souvent du fait que les premiers plants de palmiers à huile expérimentés en Malaisie et en Côte d’Ivoire étaient partis des centres de recherches dahoméens. Grâce à la demande croissante des savonneries européennes, la filière va connaître un essor remarquable, basé sur la multiplication de petites unités familiales de production et de transformation. La production industrielle représente environ 20 % du secteur, mais la majeure partie est exportée. Le premier programme d’industrialisation remonte aux années 1950. L’Etat colonial mise sur des unités industrielles de transformation de grande taille, publiques. Après l’Indépendance en août 1960, le nouvel Etat dahoméen installe d’autres unités, de plus forte capacité, et plante environ 30 000 ha de palmiers sélectionnés entre 1960 et 1974.
Pendant les années 1970, la réalisation de grandes plantations industrielles a fait booster la production du palmier à huile et ses dérivés. Ces plantations étaient regroupées autour d’unités industrielles à grande capacité de traitement (20 tonnes par heure de régimes) dont les produits de la transformation étaient orientés vers le marché régional et international. Les unions de coopératives d’Agonvy dans l’Ouémé, de Hinvi dans l’Atlantique, et de Houin-Agamè au Mono étaient citées comme des exemples de réussite de regroupements paysans. La chute de la production découlant de la vieillesse des plantations et les crises intestines découlant de la privatisation en 1998 des coopératives d’aménagement est une manifestation probante de l’échec de la filière à forte valeur ajoutée pour l’Etat béninois. La population béninoise s’accroissant rapidement, la baisse de la production concentre le secteur sur le marché local.

Le coton après le palmier à huile

Le déclin du palmier à huile a permis au coton de se repositionner comme principale culture d’exportation du Bénin. Ce produit a été introduit dans la colonie du Dahomey en 1946, notamment dans l’actuel département de l’Atlantique. Cette culture a commencé à se développer grâce à la Compagnie Française pour le Développement des Fibres Textiles (CFDT), société française fondée en 1949, avec la collaboration de l’Institut de Recherche du Coton et des Textiles (IRCT), créé trois années plus tôt. La production est restée très marginale au début et son développement s’est accru lors de la mise en œuvre des opérations de développement intégrées dans les départements du Zou et du Borgou.
Entre 1960 et 1972, la production cotonnière a connu une croissance constante sous l’impulsion de la CFDT (devenue Compagnie Française de Développement des Fibres Textiles) et de la SATEC (Société d’Assistance Technique et de Coopération). Cette période a été surtout marquée par un système d’encadrement efficace des exploitations cotonnières à la base, grâce à une spécialisation des encadreurs par spéculation.
Mais à partir de 1973, la production cotonnière a enregistré une baisse due essentielle au choix stratégique de l’Etat de promouvoir les cultures vivrières. L’option de spécialisation par spéculation agricole a cédé place à une intervention intégrée à travers laquelle les problèmes des exploitations agricoles sont gérés dans leur globalité. Il faut attendre le début des années 1980 pour assister à une relance de la filière coton. Pendant cette période, la production a connu une progression sensible grâce au financement de grands projets de développement.
Avec la libéralisation du secteur, la production cotonnière a connu une progression constante avec une moyenne de production 350 000 tonnes entre 1995 et 2002.
Mais à partir de 2003, il a été observé une chute constante de la production induite par des graves dysfonctionnements au sein de l’Interprofession cotonnière. Ces dysfonctionnements se sont exacerbés pendant la campagne cotonnière 2005-2006 qui a connu une production de 190 000 tonnes.
Sur le plan de la productivité, le Bénin avait, au début des années 1990, fait des efforts pour améliorer le rendement de son coton. Le rendement avait atteint les 1400 Kg à l’hectare en moyenne. Mais depuis 1994, on observe une tendance baissière du rendement qui se situe aujourd’hui entre 1000 et 1100 kg à l’hectare.
Même si elle connait aujourd’hui des difficultés notoires, la filière cotonnière reste encore un pilier essentiel de l’économie béninoise. Ce secteur représente 45% des rentrées fiscales hors douanes et contribue, en termes de valeur ajoutée, pour 13 % à la formation du Produit Intérieur Brut et représente environ 70 milliards de francs de devises versées à plus de 325 000 producteurs. Le coton procure un revenu monétaire à près de trois millions de personnes au Bénin. Au plan industriel, le coton représente environ 60% du tissu industriel local à travers 18 usines d’égrenage, 5 industries textiles, 3 unités de trituration de graines de coton et une usine de fabrication de coton hydrophile. Le nombre d’emplois générés par les industries tourne autour de 3500. Le revenu du coton crée également des effets multiplicateurs dans le transport, l’artisanat, le commerce et la construction.
Depuis quatre ans, l’Etat béninois s’emploie à la promotion d’autres filières d’exportation, avec le déclin du coton qui s’annonce à grand pas. Malheureusement, non seulement la diversification ne se manifeste pas mais aucun produit n’émerge pour prendre tout au moins le relais du coton. Là, se trouve la grande inquiétude.

Par Gnona AFANGBEDJI
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