Rédigé le 03/06/2011 Dernière modification le 03/06/2011 - 12:30

Prestige et décadence des rois au Bénin



Le Bénin est une terre de tradition où la royauté tient une place importante dans la régulation de la vie communautaire. Si hier, les rois dépositaires de l’autorité ont joué un rôle prépondérant dans l’expansion de leurs territoires, aujourd’hui leur pouvoir semble être limité à l’avènement des entités décentralisées.



Plaque en laiton du XVIème siècle représentant l'entrée du Palais du Oba du Benin.
Plaque en laiton du XVIème siècle représentant l'entrée du Palais du Oba du Benin.
Ecoutés, ils le sont et restent très influents dans la société au point d’être l’objet de toutes les convoitises. De la région méridionale du Bénin au septentrion, les rois règnent encore sur des ensembles hétéroclites dont la base repose sur des considérations ethniques. Les royaumes qu’ils sont censés régenter ne le sont que de nom si l’on s’en tient à la géopolitique d’une certaine époque.
Le système politique de type monarchique a occupé, avant le colonialisme, la majeure partie de la superficie du Bénin. La réalité monarchique était la donnée politique majeure dans l’histoire avant la colonisation. Ainsi l’on pouvait compter des monarchies partout sur l’étendue du territoire national. Les royaumes d’Abomey, de Kétou, de Nikki ont connu à cette époque leur splendeur avec une hégémonie qui s’étendait aux confins d’autres régions annexées.
Si hier les rois étaient dépositaires du pouvoir et représentaient dignement leur peuple il n’en demeure pas moins que leur autorité se trouve aujourd’hui fragilisée à l’avènement de l’Etat-Nation et peu après des entités décentralisées. Fini le temps des Béhanzin, Bio Guèra et autres considérés comme des résistants à l’impérialisme colonial. Autre temps autres mœurs, dira-t-on quand on se réfère au contexte dans lequel ils ont régné.
Le registre des monarchies béninoises avant la colonisation est riche aussi bien sur le plan quantitatif des entités politiques qu’en matière de diversité de leur taille, écrit le Professeur Félix Iroko, historien, dans l’ouvrage intitulé « Formes traditionnelles et contemporaines de participation locale et d’autonomie en Afrique ».
Contrairement à ce qu’a fait croire une certaine littérature européenne de la période avant le colonialisme, les rois et chefs de ces entités politiques n’étaient nullement des autocrates invétérés, ni des monarques absolus, en dehors de quelques rares exceptions qui ne font d’ailleurs que confirmer la règle.

Décadence d’un prestige

Bien que régnant aujourd’hui sur des territoires bien limités, les rois ont gardé leur rôle social et constituent des conseils incontournables dans la société. Leur influence est si remarquable qu’ils font l’objet de toutes les sollicitations. Leaders d’opinion dans leur milieu ils contribuent au changement de comportements à travers des campagnes de sensibilisations auxquelles ils sont associés. Aussi leur poids social est-il mis à rude épreuve par des politiciens à la conquête d’électorat. Leur influence sur les populations est exploitée à des fins politiques. Toute cette attention dont ils font l’objet a fait malheureusement naître des vocations. L’on ne devient plus roi au Bénin parce qu’on hérite d’une dynastie mais parce que l’on veut l’être pour son prestige ou pour marchander les voix de ses sujets aux politiciens. L’intronisation des rois est une pratique aujourd’hui galvaudée sous l’autel d’intérêts personnels. Les rois courent les localités qui n’ont parfois aucune tradition de royauté. Les conflits liés à la royauté sont légion au Bénin et l’on attend vivement un assainissement du milieu.
Le roi, hier encore, était de ceux qui avaient cette réserve vis-à-vis de la chose politique mais depuis peu leur regard est tout autre. Les rois qui ne s’exprimaient qu’à travers leur porte-parole s’érigent aujourd’hui en suppôts d’hommes politiques, appelant même les sujets et autres populations à soutenir tel ou autre. A ce jeu on assiste à un véritable marchandage de la part de ces rois qui n’hésitent même pas à se mettre dans la rue vêtus des symboles de tel parti pour soutenir ses actions. Des rois marcher pour soutenir des politiciens, c’est un spectacle jadis insolite qui tend aujourd’hui à faire école. La sacralité de leur attribut semble perdre de sa superbe et dans ce méli-mélo des descendants de familles royales deviennent la risée de tout un pays. Les crises qui naissent dans les royautés tirent pour la plupart leur source d’intrigues politiques attisées par des politiciens dont le seul intérêt est d’arriver à leurs fins qu’importe l’image que laisserait désormais la royauté dans le cœur des populations.

Par Kokouvi EKLOU
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Par Kokouvi EKLOU

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