La présidentielle de 2011 au Bénin sera tout sauf un match amical. Boni Yayi qui estime à avoir réalisé un bilan historique, est condamné à confirmer son score tout aussi historique de 75% en 2006. Adrien Houngbédji, candidat unique de l’opposition et jouant sa dernière chance au scrutin présidentiel (en 2016, il sera frappé de la limite d’âge de 70 ans) a retrouvé de l’optimisme en construisant sa philosophie politique sur les scandales financiers du régime Yayi.
Face à ces deux poids lourds, Abdoulaye Bio Tchané, président de la Banque ouest-africaine de développement (Boad), est parti pour être un prétendant de second rang. Mais c’est sans compter avec l’activisme de ses partisans dont les rangs ne cessent de grossir. L’aura politique de celui que les Béninois connaissent désormais sous les initiales d’Abt (Abdoulaye Bio Tchané) s’étend de jour en jour. Sa popularité ne fait plus de doute. Son discours marque les esprits et ses militants s’organisent et quadrillent le pays. Comme ce fut le cas le week-end du 7 août où Abt a soulevé des foules entières dans tout le nord du pays. Une mobilisation humaine qui révèle non seulement la capacité du camp Tchané à sortir le grand jeu mais aussi la notoriété d’un homme décidé à faire plus que de la simple figuration. Abt prend en tout cas de l’ampleur politique. De Cotonou à Malanville, il marque son territoire.
Dans toutes les communes du pays, de petits comités, de grandes personnalités politiques, des sages et notabilités rejoignent la coalition Abt apportant du crédit à une candidature mais aussi de la chance de prospérer. De plus en plus, les observateurs sont convaincus qu’Abdoulaye Bio Tchané, sera au second tour, du moins sera le faiseur de roi en 2011 s’il n’est pas roi lui-même. Et le contexte s’y prête progressivement. Les partisans du régime montrent des signes de panique face à la montée en puissance de la marée Abt dont les sympathisants dénoncent chaque jour des actions de persécution. Un collectif d’avocats béninois et étrangers s’est récemment constitué pour prendre la défense de ces militants persécutés et violentés par les proches du pouvoir.
Au Bénin, cette atmosphère de persécution a toujours eu des répercussions fastes pour ceux qui en sont victimes. La dernière fois où le pays en a fait l’expérience, c’était en 2006. La classe politique d’alors avait tout mis en œuvre, y compris le recours à la loi, pour compromettre la candidature de Boni Yayi. Les Béninois se souviennent encore de ce débat interminable sur le critère de résidence dont les observateurs avaient qu’il était dirigé contre le président de la Boad d’alors, logé à Lomé. On connaît la suite. La coalition ABT a surtout retenu la leçon, tenant avec réussite un discours sur la victimisation de Tchané.
Maurel Obangue in Courrier d'Afrique