« Sois belle et bats-toi ! » Pour Marie-Elise Gbèdo, les attraits naturels ne suffisent pas à définir la femme. Au-delà de sa beauté, la femme doit pouvoir être autonome et s’affirmer. Ce crédo, elle y tient beaucoup et n’hésite pas à le partager avec ses admiratrices au nombre desquelles Reckya Madougou, actuelle ministre en charge de la Micro finance.
Dans l’univers sociopolitique béninois, cette avocate de profession ne passe pas inaperçue. Outre son métier et ses attraits physiques, Marie-Elise Gbèdo se singularise à travers son combat pour une justice sociale et sa présence sur la scène politique. Sa nomination au poste de Garde des Sceaux, ministre de la Justice, de la Législation et des Droits de l’Homme est loin d’être une surprise pour les observateurs de la vie sociopolitique béninoise. Pour nombre de ses compatriotes cette promotion ne doit rien au hasard d’autant plus que sa candidature pour la troisième fois consécutive à la présidentielle de mars 2011 l’a remise au devant de la scène.
Deuxième femme Garde des Sceaux au Bénin après Me Grâce d’Almeida, Me Marie-Elise Gbèdo prend la mesure de ses responsabilités à son nouveau poste. Conduire les destinées de ce ministère constitue pour elle un immense défi à relever. Quoiqu’appartenant à la famille judiciaire qu’elle dit « affectionner du plus profond de mes tripes », elle reconnaît que « Nul n’est prophète chez soi ». Mais loin d’elle cette idée fataliste.
« Je souhaite tout simplement qu’à la fin de ma mission, vous fassiez de moi l’une des prophétesses de cette maison. Accepter cette mission, c’est accepter de porter le fardeau d’un mal nécessaire qu’est la justice », confie-t-elle le jour de sa passation de service.
Soigner la justice
La mission qu’elle entend mener à la tête de son ministère tient à redorer l’image de la justice. « Il n’est un secret pour personne que l’opinion publique perçoit aujourd’hui tous les acteurs de la justice que nous sommes comme des impurs et considère toute notre justice comme un vêtement souillé », note-t-elle, tout en affirmant sa volonté à voir la justice jouer un rôle clé dans la consolidation de l’Etat de droit. Ceci passe, à l’en croire, par l’instauration d’un système judiciaire performant, moderne, efficace, accessible à tous et crédible. Si sa détermination ne souffre d’aucun heurt, elle n’occulte toutefois pas qu’elle ne saurait réussir sa mission sans les ressources humaines. Aussi entend-elle s’atteler « à créer les conditions nécessaires à l’adhésion et au dévouement de tous à la réalisation de cet objectif pour le moins légitime ».
Fort de ce que la justice élève une nation, elle met un point d’honneur à soigner son image, qu’importe le prix à payer.
Née le 29 Décembre 1954 en Côte d’Ivoire, Akuavi Marie-Elise Christiana Gbèdo s’est longtemps illustrée à travers son combat pour une certaine équité dans la société. Contre la marginalisation de la femme et les pesanteurs sociologiques qui l’inhibent dans son épanouissement, l’avocate s’est révélée une véritable icône en prenant fait et cause pour les marginalisés et autres opprimés en particulier la gent féminine. De ses faits d’arme, de nombreuses plaidoiries contre les violences faites aux femmes, la dénonciation de plusieurs cas de maltraitance d’enfants et le combat pour l’avènement du Code des personnes et de la famille. Sous la casquette de présidente de l’Association des femmes juristes du Bénin, l’ancienne ministre du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme a écumé de nombreuses contrées du pays pour sensibiliser sa cible privilégiée sur ses droits et devoirs, l’appelant chaque fois à se prendre en charge et à briser les chaînes de l’ignorance. Un combat qui ne lui a pas valu que des lauriers. La toute première femme à se présenter à une élection présidentielle au Bénin est loin d’être adulée partout où elle passe. Malgré les difficultés et autres péripéties, elle n’est point prête à abdiquer, considérant son combat comme un sacerdoce qui ne connaîtra son terme qu’à sa mort.
Par Gérard GUEDEGBE