Pour la troisième fois consécutive, les langues nationales figuraient parmi les épreuves facultatives de composition lors de la session 2010 du baccalauréat au Bénin. Et comme les années antérieures, l’engouement des candidats pour cette nouvelle discipline a de quoi donner satisfaction aux universitaires qui ont toujours milité en faveur de l’introduction de l’apprentissage des langues locales dans les programmes d’enseignements formels. « Nous sommes à la troisième expérience et cette année encore, je suis vraiment ravi de ce que malgré que nos langues ne soient pas enseignées, les enfants se sentent toujours outillés pour se jeter à l’eau », indique Toussaint Chichi, linguiste, membre de la commission de correction des épreuves. Pour lui, l’engouement des élèves pour les langues nationales ne fait plus l’ombre d’aucun doute et l’effort qu’ils déploient dans le traitement de l’épreuve reste à saluer.
A la session 2010 du bac, les candidats ayant fait l’option des langues locales ont composé sur un sujet relatif au sida. Les épreuves se déroulent dans six langues locales et leurs apparentements. « Nous avons reçu 1941 copies à corriger en Fon, lorsqu’on fait le rapport avec le nombre de candidats admissibles, on a déjà une idée de l’importance du choix opéré par les candidats », déclare Bienvenu Akoha, président de la commission Fon. Selon lui, la langue présente un enjeu stratégique que les politiques ne perçoivent toujours. « Ce n’est pas normal que la langue maternelle d’un enfant soit interdite dans un milieu où on est censé forger sa personnalité », s’offusque-t-il au sujet de l’absence des langues nationales dans les programmes scolaires.
Plusieurs cas illustrent en réalité la pertinence de l’analyse de l’universitaire. « L’agronome est formé pendant 19 ans dans une langue étrangère alors que pour exercer il est obligé de communiquer avec des paysans qui ne parlent pas cette langue. Il y en est de même pour le médecin et aussi l’avocat qui manipule pourtant le droit coutumier qui fait partie de notre arsenal juridique. Or, il est démontré que deux semaines de cours suffisent pour un bachelier pour qu’il ait la maîtrise parfaite de sa langue maternelle. Ce n’est pas normal », soutient-il. Pour Bienvenu Akoha, l’homme est né bilingue et notre école doit refléter le bilinguisme. Au-delà même du besoin de communiquer, c’est toute la culture humaine qui se traduit à travers la langue, dira Toussaint Chichi qui, paraphrasant Pompidou, pense que qui perd sa langue perd tout. « La langue est un fait de culture », martèle l’universitaire.
L’introduction des langues nationales dans le système éducatif formel constitue l’une des recommandations fortes du forum national de l’éducation tenue en 2007. Mais les universitaires se désolent de la lenteur qui caractérise la mise en œuvre de cette recommandation. Une commission interministérielle a été créé, avec en appui un secrétariat technique présidé par le professeur Bienvenu Akoha. « Les choses tardent toujours à se mettre en place, faute de moyens », confie-t-il. En attendant que les pouvoirs inscrivent la problématique dans l’agenda des priorités, il pense que l’introduction des langues nationales dans les épreuves du bac est une brèche qu’il ne faut surtout pas rompre.
Par
Gnona AGANGBEDJI