Rédigé le 14/06/2010 Dernière modification le 14/06/2010 - 05:19

Les Sud-Africains défendent leurs traditions



Même s'ils ont obtenu le droit d'utiliser leurs vuvuzelas, ces trompettes en plastique au son caractéristique (essaim d'abeilles), les Sud-Africains se sentent malgré tout en partie dépossédés de leur Coupe du Monde. Les instances internationales du foot tentent de ménager les susceptibilités.



Un supporter des Bafana bafana soufflant dans une vuvuzela
Un supporter des Bafana bafana soufflant dans une vuvuzela
En Afrique du Sud, la polémique qui entoure la vuvuzela depuis deux ans a fait de cet instrument une icône nationale. La polémique a repris de plus belle depuis le démarrage de la coupe du monde. Les détracteurs de cette trompette en plastique de près d’un mètre de long, dont le son rivalise à quelques décibels près avec celui d'une corne de brume, se plaignent de la nuisance sonore dans les stades et ont milité en vain pour son interdiction pendant la prochaine Coupe du Monde. En juin 2009, lors de la Coupe des confédérations en Afrique du Sud, joueurs et entraîneurs – européens en particulier – avaient protesté auprès de la Fédération internationale de football association (Fifa). Le Japon, lui, a renouvelé une demande d’interdiction auprès de l’Association sud-africaine de football à la suite d'un match amical contre l'Afrique du Sud à Port Elizabeth en octobre dernier.
Pour couronner le tout, des chercheurs de l’Université de Pretoria ont montré, dans une étude publiée en février 2010, qu’une exposition de plus d’une minute au son de la vuvuzela dans un périmètre de deux mètres entraînait un risque sévère de perte d’audition. Mais, rien n’a réussi à faire taire la corne tant décriée. La Fifa a tranché : "Laissez les souffler dans leurs vuvuzelas". En guise d’explication, Joseph S. Blatter, le président de la Fifa, déclarait en juin dernier : "Nous sommes en Afrique et nous devons les laisser pratiquer leur culture." La trompette se voit donc propulsée au rang de symbole de la dimension africaine de ce championnat.

Esprit de contestation

"L’identité africaine, ce bruit monotone qui sort d’un instrument en plastique ?" Les bras d’Achille Mbembe, politologue à l’Université du Witwatersrand de Johannesburg, lui en tombent. Pas de vuvuzelas dans les stades de Yaoundé ou de Kinshasa confirme ce chercheur d’origine camerounaise, grand amateur de football. Et, en Afrique du Sud, la vuvuzela a fait son apparition dans les stades il y a moins de dix ans.
Selon Achille Mbembe, "le foot est le sport le plus populaire chez les Noirs urbains des townships. L’atmosphère dans les stades se rapproche de celle des manifestations politiques à l’époque de la lutte pour la libération, et reprend le caractère contestataire de défiance qui caractérise la culture ouvrière sud-africaine." Cette culture urbaine s'exprime aussi dans les accessoires et les chants des supporters. Un autre ornement très populaire est le makarapa, un casque de chantier avec des cornes, aux couleurs et emblèmes d’une équipe. Les chansons reprennent les formes des chants politiques anti-apartheid.
L’esprit de contestation sud-africain sera un élément important de cette Coupe du Monde. Les Sud-africains donnent du fil à retordre à la Fifa qui n’a pas l’habitude de voir ses cahiers des charges aussi malmenés. Les trois principaux groupes de presse nationaux se sont plaints, en janvier 2010, des conditions d’accréditation des journalistes. Comme lors des précédentes éditions, la Fifa se réserve le droit de censurer tout article qui pourrait nuire à sa réputation ou à celle de la Coupe du Monde. Sous la pression du pays hôte, qui a un sens aigu de la liberté d’expression, la Fédération s’est finalement engagée à ne pas contrôler le contenu éditorial des reportages sans changer toutefois les termes des contrats d’accréditation.

Grogne et menace de boycott

En mars, ce sont les artistes locaux qui ont menacé de boycotter la cérémonie d’ouverture et d’organiser un concert parallèle gratuit "Fuck the Fifa" si l’organisation internationale ne changeait pas la distribution du concert officiel en faveur de plus de musiciens et chanteurs du continent. Ils ont eu gain de cause mi-avril. Aux trois groupes sud-africains déjà en lice – The Parlotones, BLK JKS and Vusi Mahlasela - s’ajouteront d’autres artistes nationaux et africains. De quoi atténuer la frustration de tout un pays d'entendre Shakira, une Colombienne, interpréter l'hymne officiel de la Coupe du Monde ?
En tout cas, les petits commerçants et vendeurs ambulants (soda, hot-dog et pap, une pâte à base de farine de maïs vendue avec une viande en sauce, l’aliment de base en Afrique du Sud), interdits des alentours des stades et des places publiques réservées à la Fifa pour l’accueil des supporteurs, sont eux dégoûtés de ne pas pouvoir toucher leur part des bénéfices générés par cet événement planétaire.
Même l’inventeur autoproclamé de la vuvuzela, le Sud-Africain Freddie "Saddam" Maake, ne pourra pas bénéficier du succès commercial de sa création. Ce supporteur des Kaiser Chiefs, une célèbre équipe de Soweto, qui vit toujours dans le township de Tembisa à Johannesburg, n’a pas réussi à breveter son clairon produit en quantité industrielle depuis 2004.

Par Magali Reinert
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