Rédigé le 03/08/2010 Dernière modification le 04/08/2010 - 12:54

L'inquiétante montée de la cybercriminalité en Afrique de l’Ouest



S’il est vrai que le développement des nouvelles technologiques de l’information (NTIC) a révolutionné les méthodes de communication, il convient de noter que ce changement n’est pas sans conséquences néfastes. En effet, la cybercriminalité s’est développée avec la vulgarisation des réseaux numériques. Ainsi naît, une nouvelle forme de criminalité difficile à combattre et qui échappe à l’arsenal juridique existante. La cybercriminalité se présente sous plusieurs formes : le piratage, l’attaque des ordinateurs, la commission d’infractions facilitée par les réseaux numériques, les infractions à contenu pédophile par le biais de l’Internet, le racisme, la xénophobie, l’usurpation d’identité, les escroqueries (les héritages, les fausses loteries, les arnaques aux gains et autres love tchat, sont les formes utilisées) et les fraudes. Voilà tant d’infractions qui donnent du fil à retordre, non seulement au législateur, mais aussi à la Brigade de répression.



Un cybercriminel en plein travail...
Un cybercriminel en plein travail...
Pendant que les pays du Nord se penchent sur la question, nous nous sommes intéressés au dispositif mis en place par les Etats d’Afrique de l’Ouest pour combattre cette criminalité d’un genre nouveau dont ils n’étaient pas préparés il y a dix ans. Si nous avons choisi de décortiquer les outils et les instruments mis en œuvre en Afrique de l’Ouest, c’est parce que ces derniers temps, la région a enregistré de nombreux cas d’escroquerie et de fraudes par l’intermédiaire de l’Internet. On peut citer parmi les pratiques les plus courantes de cybercriminalité, le fameux “Nigerian scam” ou encore “419 scam”. C’est une technique courante d’escroquerie qui a piégé beaucoup d’internautes. Vous recevez un e-mail d’une personne inconnue, qui se présente comme étant le fils d’un ancien dictateur (très souvent africain), un officier haut placé, ou une position similaire. Il prétend avoir accès à une grosse somme d’argent (généralement des dizaines de millions de dollars). La seule chose que cette personne prétend vous demander est l’usage de votre compte bancaire pour y transférer le pactole. En échange de ce coup de main, il vous promet un pourcentage de la somme d’argent à transférer (en général 10%). Dans beaucoup de cas, ils utilisent dans le message, de faux documents du gouvernement, de la Banque Centrale du Nigeria, de la Société Nigériane des Produits Pétroliers, des banques commerciales sises au Burkina Faso...Une fois que vous répondez, le dialogue s’installe. La suite de la procédure est variée. Il peut vous demander d’effectuer des transferts par Western union (généralement de mille à cinq mille euros) pour débloquer la valise d’argent qui a été bloquée à la Douane de l’aéroport, dernière étape avant que l’argent ne vous rejoigne. Le cyber escroc peut aussi vous demander environ mille euros pour la mise en ordre du dossier, pour des frais de licences ou autorisation quelconque (ce sont des « advance fee fraud »). L’attraction de l’escroquerie est que, à chaque fois que vous croyez être sur le point de détenir la somme, soudain, d’autres coûts supplémentaires vous sont annoncés. Entre temps, si vous y croyez, vous auriez déjà dépensé d’énormes sommes d’argent. En fin de compte, si vous vous y accrochez toujours, le cyber criminel cherchera à vous convaincre de venir personnellement en Afrique pour accomplir la transaction. J’ai été témoin d’un fait similaire où la victime a transféré jusqu’à 3000 euros à un cyber criminel en Côte d’Ivoire.

« Nigerian Scam » ou « 419 Scam »

Ce type de fraude était à l’origine, l’apanage des nigérians, d’où son « Nigerian Scam » ou « 419 Scam ». Le chiffre 419 (Four One Nine) fait référence à l’article du Code Pénal nigérian qui pénalise ce type d’infraction. En résumé, cette pratique consiste à soutirer d’énormes sommes d’argent contre la promesse de contrats d’affaires mirobolants, ou de transferts de grosses sommes d’argent que l’on veut sortir illégalement d’un Etat, ou encore de gains substantiels à des loteries étrangères. Ces pratiques ont fait de nombreuses victimes dans le monde principalement en Europe, en Amérique et en Inde. D’ailleurs, en 2008, face au nombre de plus en plus élevé de victimes indiennes, l’Etat indien s’est vu dans l’obligation de sensibiliser ses opérateurs publics sur la présence de bandes de cybercriminels très organisés dans plusieurs Etats membres de la CEDEAO, dont le Nigeria, le Sénégal, la Côte d’Ivoire, le Burkina, le Ghana, le Bénin et le Togo… Ces pays offrent un terrain propice aux opérations des bandes de cyber criminels parce que dépourvus d’outils aussi bien juridiques que matériels de lutte contre cette nouvelle forme de criminalité. Aujourd’hui au Bénin (pour ne citer que ce cas, car j’en étais témoin), ils sont plusieurs dizaines de jeunes cyber escrocs, aussi bien béninois que nigérians qui passent leur journée au cyber café rien que pour appâter les internautes. J’étais assis à côté d’un cyber criminel nigérian qui s’est pris pour le Directeur Général de la Central Bank of Benin. Ce dernier écrivait et envoyait ses messages en toute liberté, sans être inquiété, ni dissuadé à aucun moment par ma présence. Cela prouve qu’il n’y a aucune autorité active de lutte contre la cyber criminalité. De plus, la facilité avec laquelle les usagers se procurent des cartes Sim sans fournir leur identité est très inquiétante car les cybers criminels utilisent des téléphones portables pour finaliser leurs transactions. Ils ne peuvent donc être appréhendés à partir de leurs numéros de téléphones portables puisqu’ils ne figurent nulle part sur la liste des opérateurs téléphoniques. Certains cybers criminels arrivent à installer des logiciels espions sur les ordinateurs afin de recueillir les données secrètes. Surfer dans les cybercafés de Cotonou présente beaucoup de risques pour la sécurité des données personnelles.

Nécessité de la création d’une autorité sous-régionale de lutte contre la cybercriminalité

Si aucune mesure n’est prise, c’est toute la sous-région ouest africaine qui souffrira de manque de crédibilité et de confiance vis-à-vis de l’extérieur et des investisseurs. Face à un risque nouveau, il faut des moyens nouveaux. Les Etats ouest-africains doivent améliorer leur législation afin de les adapter aux nouvelles infractions dues à l’explosion du réseau numérique. La création d’une autorité régionale coordonnée de lutte contre la cyber criminalité est indispensable voire urgente. Ensuite, chaque Etat devra développer sa Brigade de lutte anti-cyber criminelle en collaboration avec le ministère chargé des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Il faudra mettre de l’ordre dans le secteur, sensibiliser, former et encadrer les gestionnaires des cybers café contre les agissements et les attaques des cybercriminels. Les ministères de l’Intérieur et de la sécurité publique et ceux des NTIC ont un rôle majeur à jouer dans ce processus. Comme l’Internet se joue des frontières, ils y gagneront à coopérer au niveau régional voire international. Les simples engagements ne suffisent plus, il faut des actes concrets.

Dr Sanny AGNORO
Politologue – Juriste
Consultant en Stratégie et Gouvernance
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Dr Sanny AGNORO

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1.Posté par cedric le 05/08/2010 09:35
merci beaucoup pour vos précieuses informations monsieur sanny, je profite de l'occasion pour vou...  

2.Posté par carroll le 27/02/2011 10:21
Voici un nouveau genre d'arnaque recolté sur le site Linkdln, un site reputé "securisé" et pourta...  

3.Posté par Jacques Philippe GOUTHON le 01/03/2011 16:43
Avec le soutien de l'Office Béninois d'Authentification & Anti-Contrefaçon ( OBAC) , filiale de I...  

http://www.obac.bj

4.Posté par CHAPRON PATRICK le 17/01/2012 15:02
je suis moi même actuellement victime, j'ai des informations importante à signaler à la brigade c...  

5.Posté par komenan le 23/01/2012 15:38
moi je me nome yves bedie
j'aimerais savoir quelle sont les genres d'actions que l'on peut mener ...  

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