Rédigé le 04/09/2010 Dernière modification le 04/09/2010 - 11:10

L’Afrique de l’Ouest dort sur les fonds carbone...

Financement des projets MDP



Beaucoup d’entreprises opérant dans la sous-région ouest-africaine ne sont pas du tout sensibilisées sur les projets financés sur les fonds carbones. Pourtant cet instrument basé sur le mécanisme de développement propre (MDP) censé réduire les émissions de gaz à effet de serre constitue une opportunité d’investissement à ne pas rater.



L’Afrique capterait plus de carbone de l’atmosphère qu’elle n’en émettrait
L’Afrique capterait plus de carbone de l’atmosphère qu’elle n’en émettrait
Alors que l’Afrique de l’Ouest a besoin de financement pour ses projets énergétiques, le peu d’intérêt que la région accorde au mécanisme de développement propre (MDP) inquiète de nombreux spécialistes des questions liées au changement climatique. Sur plus de 2211 projets enregistrés dans les pays en développement, la part de la région ne représente que 0,23%, à fin mai 2010, soit seulement 5 projets contre 44 pour l’Afrique toute entière. Pourtant le potentiel de développement de projets MDP est complètement sous exploité. « Les pays de la région peuvent bénéficier de l’opportunité sans précédent d’emprunter un modèle de développement plus propre fondé sur des options énergétiques à faible contenu qui peuvent à la fois répondre à la demande actuelle et future d’énergie et réduire les émissions de gaz à effet de serre », analyse un expert béninois du changement climatique.
Le MDP est un mécanisme de certification des réductions d’émissions obtenues par des projets réalisés dans des pays en voie de développement. Ce mécanisme défini dans l’article 12 du protocole de Kyoto sur l’émission des gaz à effet de serre, vise un double objectif : aider les pays à respecter leurs engagements chiffrés de réduction de leurs gaz à effet de serre d’une part, et d’autre part, aider les pays en développement à réaliser leurs objectifs de développement durable. C’est ainsi que des fonds carbones, fonds mis en place par des pays développés, ont été institués avec comme objectif de recueillir des participations financières des membres. Les projets financés par les fonds carbones doivent réaliser des réductions d’émissions utilisées pour produire des URCEs. Celles-ci seront vendues aux fonds et rétrocédées aux membres qui les utilisent ensuite pour assurer le respect de leurs engagements de réduction des émissions de GES.
Le premier fonds carbone, connu sous le nom de Fonds Prototype Carbone a été créé en 1999 par la banque mondiale. Par la suite, certains pays industrialisés ont demandé à la banque d’accueillir et de gérer pour eux d’autres fonds carbone. Au total, une douzaine de fonds carbone sont gérés par la banque mondiale. Le montant total des fonds engagés s’élève à plus de 2,1 milliards de dollars, soit environ 1000 milliards de francs CFA. Plus de 60 autres fonds carbones existent en dehors de la banque mondiale. Les financements associés à des projets MDP devraient drainer plus de 5 milliards de dollars (2500 milliards de francs CFA) vers les pays en développement avant la fin de la période d’engagement du protocole de Kyoto en 2012.

La région ouest-africaine a une carte à jouer

Les ressources et autres infrastructures susceptibles de bénéficier de projets MDP ne manquent pas en Afrique de l’Ouest. La région dispose par exemple de nombreuses centrales électriques de turbine à gaz à cycle ouvert auxquelles un second cycle pourrait être ajouté, augmentant ainsi la production et les rendements des centrales sans accroître les émissions. Plusieurs sucreries qui opèrent dans la sous-région peuvent également accueillir des unités de cogénération à haut rendement énergétique tout comme les cimenteries qui disposent d’un potentiel important de réduction d’émission de gaz à effet de serre. Cette réduction peut être rendue possible dans les cimenteries à travers l’utilisation de biomasse d’origine renouvelable pour remplacer les combustibles d’origine fossile ; la récupération de chaleur à partir des produits provenant du four, l’utilisation de matières premières pour la clinkerisation qui soient moins émettrice de CO2, l’utilisation d’additif pour remplacer le clinker. Il en est de même pour les raffineries, des gisements de champs de pétrole et de gaz, des décharges municipales et d’autres unités industrielles dont les rejets gazeux pourraient être valorisés sous forme d’électricité et de chaleur.
Le potentiel de la région ouest-africaine montre donc que la promotion des projets MDP en même temps qu’elle accroît les capacités des entreprises bénéficiaires, lui permet aussi et surtout de relever ses défis en matière de fournitures d’énergie électrique. « L’énergie supplémentaire fournie, à la fois électrique et thermique, serait très utile pour impulser le développement de la région et satisfaire la demande non couverte actuellement », indique l’expert. Mais la mise en œuvre des projets MDP dans la région se heurte à des barrières d’ordre réglementaire et logistique qu’il faudra lever. Aujourd’hui, les lacunes réglementaires dans le secteur énergétique freinent ou empêchent les projets d’énergie propre de vendre leur production d’énergie. L’absence de réglementation des tarifs de rachat de l’électricité par une structure autonome de régulation - verticalement indépendante des compagnies électriques publiques en situation de monopole et intégrées - en est un exemple concret.
A l’étape actuelle des choses, la plupart des projets d’énergie propre éligibles au MDP ne délivreront, au mieux, qu’une petite part de leurs réductions d’émissions avant 2012. Mais la région a encore deux ans de période de grâce devant elle pour se rattraper. Elle doit surtout se préparer pour mieux se positionner sur les opportunités d’investissements post-Kyoto.

Par Gnona AFANGBEDJI
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