Rédigé le 25/08/2011 Dernière modification le 25/08/2011 - 13:43

Flambée des prix des produits alimentaires au Bénin : La BM tire la sonnette d’alarme



Alors que le gouvernement béninois attribue la flambée des prix des produits alimentaires à une spéculation entretenue par des commerçants véreux sur les marchés locaux, la Banque mondiale indique plutôt un contexte international défavorable. Le rapport « Food Price Watch » de l’Institution publié, il y a quelques jours, note des cours mondiaux qui frôlent les records de l’année 2008.



Une épicerie flottante au village lacustre de Ganvié, près de Cotonou
Une épicerie flottante au village lacustre de Ganvié, près de Cotonou
La semaine dernière, plusieurs ministres sont descendus sur le terrain pour aller en guerre contre ce que le gouvernement appelle la flambée « provoquée » des prix des produits de grande consommation. L’exécutif béninois considère l’inflation sur les marchés locaux comme un sabotage de la mise en œuvre de son nouveau programme dé vérification des importations (PVI) devant induire la vérité des prix dans les opérations d’enlèvement des marchandises au cordon douanier. Pour montrer sa détermination à calmer le marché, le gouvernement s’est même employé à fixer le prix de certains produits alimentaires. Pourtant la conjoncture internationale enseigne que contrairement à l’appréciation du gouvernement béninois, il s’agit d’une situation mondiale qu’il faut appréhender avec beaucoup de circonspection. La première organisation à avoir tiré la sonnette d’alarme est la Banque mondiale. Dans son rapport « Food Price Watch », publié, il a quelques jours, la Banque indique que les cours mondiaux des produits alimentaires observés en juillet 2011 frôlent leurs records de 2008 et sont considérablement plus soutenus qu'à la même époque l'an dernier, soit une progression de 33% en douze mois.

« Après le pic atteint au mois de février, les prix ont légèrement cédé du terrain entre avril et juillet 2011 mais ils restent instables pour des produits comme le riz, le maïs et le blé. Si les perspectives globales d'approvisionnement se sont améliorées depuis avril 2011, plusieurs sources d'incertitude demeurent », souligne le rapport. Les cours mondiaux des produits alimentaires relevés en juillet dernier montrent que les prix d'un certain nombre de produits essentiels sont plus élevés que l'an dernier à la même époque : + 84 % pour le maïs, + 62 % pour le sucre, + 55 % pour le blé et + 47 % pour l'huile de soja. Sur cette période, les cours du brut dépassent de 45 % leur niveau de l'an dernier et le prix des engrais a augmenté de 67 %. Du coup plusieurs pays en développement, africains notamment, vivent des situations d’inflation insoutenables sur leurs marchés intérieurs. Selon le rapport, les variations annuelles des prix du maïs vont d'une hausse de 100 % ou plus sur les marchés de Kampala en Ouganda, Mogadiscio en Somalie et Kigali au Rwanda à des baisses de 19 % à Port-au-Prince (Haïti) et à Mexico. Les prix de certaines denrées de base sont montés en flèche en Amérique centrale et du Sud comme en Afrique de l'Est. En République dominicaine et en Colombie, le maïs s'est ainsi renchéri de respectivement 82 % et 25 % entre avril et juin 2011.


Le marché de Pahou au lever du jour
Le marché de Pahou au lever du jour
Consommer local

Le rapport explique que le degré de répercussion des cours internationaux sur les prix intérieurs, propre à chaque produit, dépend de nombreux facteurs spécifiques aux pays et liés notamment au niveau d'intégration des marchés intérieurs et internationaux, aux conditions de transport ou encore aux politiques nationales d'imposition. La Banque trouve d’ailleurs que la hausse généralisée des prix des produits alimentaires induite par une sécheresse dévastatrice est l’une des causes de la famine qui sévit actuellement dans la Corne de l’Afrique.
Si la flambée pourrait se calmer avec les perspectives encourageantes au niveau de la production mondiale de certains produits agricoles, la Banque estime que l’impact négatif du renchérissement des prix alimentaires sur les consommateurs nets de denrées peut être atténué par la possibilité qu'ont les consommateurs de se tourner vers des produits moins coûteux, ce qui dépend de la permanence ou de la volatilité de ces hausses. Dans le cadre du Bénin, pourquoi ne pas se départir du riz importé pour se tourner vers le riz local relativement moins cher sur les marchés. « Les producteurs nets de denrées alimentaires peuvent profiter de cette augmentation en obtenant un meilleur prix pour leurs produits sur les marchés. D'autres producteurs tireront aussi leur épingle du jeu s'ils peuvent commencer à produire des denrées dont les prix augmentent, un scénario d'autant plus réaliste que les prix s'inscrivent dans une tendance haussière et non d'instabilité », précise le rapport.
Comme il est souvent indiqué en de pareilles circonstances, la Banque conseille aux gouvernements le recours à des filets de protection sociale pour alléger les peines des populations les plus vulnérables. « Si les gouvernements recourent aux filets de protection sociale pour atténuer l'impact de l'augmentation des prix des aliments, les bénéficiaires de ces programmes peuvent voir leur perte initiale de bien-être partiellement compensée. L'étendue de cette compensation sera essentiellement tributaire des capacités préexistantes de ces filets de sécurité et de la qualité des programmes », souligne le rapport. Ainsi, le discours qui attribue la flambée des prix des denrées alimentaires à la spéculation commanditée contre le PVI au Bénin doit être revu. Seule une bonne analyse de situation pourrait permettre de trouver des solutions appropriées.

Par Gnona AFANGBEDJI
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Par Gnona AFANGBEDJI

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