Rédigé le 24/01/2011 Dernière modification le 24/01/2011 - 20:28

Financement de projets : Parent pauvre de l’investissement au Bénin




La question de la faiblesse du financement de l’économie béninoise était au cœur des débats qui ont récemment animé le symposium international sur les 50 ans d’indépendance des pays africains. Une fois encore, il a été démontré que l’émergence du pays repose avant tout sur un secteur financier tourné vers la satisfaction de ses besoins d’investissement du secteur privé.



Ce jardinier a besoin d'un crédit pour moderniser l'arrosage de ses légumes et produire davantage mais les banques béninoises sont encore réticents à financer des projets, aussi sérieux soient-ils.
Ce jardinier a besoin d'un crédit pour moderniser l'arrosage de ses légumes et produire davantage mais les banques béninoises sont encore réticents à financer des projets, aussi sérieux soient-ils.
La tenue du forum économique Bénin-Nigéria, en février 2007 à Cotonou, a eu le mérite de révéler au grand jour l’esprit entrepreneurial fécond des Béninois. Environ 400 projets bancables ont été recensés dans des secteurs production diversifiés et attendaient une source de financement pour démarrer. La plupart, malheureusement, n’ont pas pu sortir de terre faute de crédits bancaires pour leur opérationnalisation.
Le paradoxe crève l’œil. Alors que le secteur bancaire béninois végète dans une surliquidité parfois indigeste, bon nombre d’entreprises du pays peinent encore trouver de crédits pour financer leurs activités. Claude d’Alméida, expert en politique monétaire a encore évoqué la question, lors du symposium international sur les 50 années d’indépendance tenu la semaine dernière à Cotonou. « L’économie béninoise est sous-financée », affirme-t-il. Aujourd’hui, les crédits à l’économie sont très faibles, en proportion du produit intérieur brut, soit 17%. Comparativement aux pays émergents, il y a de quoi se faire du souci par rapport aux défis à relever. Les taux de crédits à l’économie de l’ordre de 35%, 37%, 65%, et 120% respectivement au Brésil, en Inde, en Tunisie et en Chine.
Devant une telle frilosité du secteur bancaire, il va de soi que le pays s’en tire à mauvais compte avec l’un des taux d’investissements les plus faibles en Afrique subsaharienne. Selon une étude de la BCEAO, « le système bancaire de l'Union est composé essentiellement de banques à vocation universelle qui concentrent leurs concours au financement des activités à cycle court, notamment le commerce. C'est ainsi que les crédits généralement dédiés à l'investissement, c'est-à-dire les crédits à moyen et long terme, représentent moins du tiers des crédits à la clientèle ». Le taux d’investissement au Bénin ressort à environ 17% contre 20% pour l’Afrique subsaharienne et 26% en moyenne pour les pays émergents.

Travailler sur le long terme

« La question du financement se pose avec acuité dès lors que l’un des défis des pays membres de l’Union est de relever le taux d’investissement à 35% au moins pour porter la croissance réelle durablement au-dessus du seuil de 7 à 8% requis pour créer des emplois et réduire la pauvreté », soutenait, il y quelques années la commission de l’Uemoa. Claude D’Alméida renchérit que les besoins globaux de financement fondés sur un objectif de croissance à deux chiffres, nécessitent d’atteindre des taux d’investissement soutenus à long terme de l’ordre de 35%. « Pour les pays de l’UEMOA et le Bénin, ces pays devraient passer d’un taux moyen d’investissement variant entre 15 et 18%, à environ 32-35%. En valeur, cela nécessiterait des ressources financières annuelles supplémentaires de plus de 5.000,0 milliards de FCFA chaque année pendant plus d’une génération », souligne-t-il. Chose difficile mais pas impossible pour nos pays si la vision est accompagnée d’une réelle volonté de réformes tournée vers le progrès. « Le vrai défi en Afrique est de doubler le taux de financement de nos économies, tout en améliorant l’affectation des financements vers l’investissement. Une telle accélération de l’investissement nécessite un réaménagement complet de l’architecture financière régionale et nationale », appuie l’expert.

Valoriser le marché financier

Le recours au marché financier est la condition de l’émergence financière », préconise Claude D’Alméida. La recette est aussi valable pour le Bénin. Pour lui, le recours au marché financier est une condition sine qua non de l’émergence financière. « Ce dont on a grandement besoin, ce sont des ressources massives à long terme, lesquelles ne peuvent être fournies ni par le FMI et la Banque mondiale, ni par l’aide publique au développement. Ces ressources ne peuvent non plus, provenir de l’allégement de la dette en vue de la réduction de la pauvreté. Les apports massifs de ressources aux pays africains ne peuvent pas provenir de sources concessionnelles, dont les ressources sont nécessairement soumises à de fortes conditionnalités et sont limitées dans leurs montants ». Il en appelle donc à une révolution financière pour booster le financement de l’investissement au Bénin et en Afrique. Selon lui, la balle est surtout dans le camp des institutions régionales qui se doivent de lancer un processus de concertation autour de la question du financement des économies. « Il est en effet possible de prélever environ 1.000,0 milliards de francs CFA des réserves de la Banque Centrale pour lancer la création de fonds thématiques de soutien au financement du développement sous-régional. Si, par exemple, on décidait de les affecter en garantie d’emprunt, les facultés d’emprunt seraient d’environ cinq fois plus, soit environ 5.000,0 milliards FCFA. Autrement dit, on peut assez rapidement, doubler le taux de financement de nos économies », propose Claude D’Alméida. Pour l’expert en questions monétaires et bancaires, il n’y a pas de doute : valoriser le marché financier vaut mieux que tout discours sur l’aide au développement.

Par Gnona AFANGBEDJI
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Par Gnona AFANDGBEDJI

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