Chaque Béninois se pose certainement la question de savoir comment il a pu passer cette année qui s’achève, malgré tout. Les analystes avaient déjà projeté que 2010 serait l’année où le pays devrait réellement recevoir les contrecoups de la crise économique et financière internationale. Mais il fallait la vivre pour se convaincre de ce que les douze derniers mois ont été extrêmement difficiles pour les Béninois. D’abord l’activité économique dans les cinq premiers mois de l’année a été caractérisée par un ralentissement inédit du fait notamment du retard relevé dans la mise en exécution du budget 2010. Ce retard qui a duré pratiquement cinq mois a complètement bouleversé les prévisions des entreprises béninoises dont l’Etat constitue le principal client.
La mobilisation des ressources publiques n’a pas été une mince affaire pour le gouvernement qui s’est confronté d’une part à la baisse drastique des recettes fiscales et d’autre part à la réaction tardive des partenaires techniques et financiers à apporter l’appui budgétaire conséquent pour faire face aux charges budgétaires de l’année. Le Bénin n’a vu sa situation s’améliorer qu’à partir de la validation de son programme économique triennal par le fonds monétaire international (FMI) en juin 2010. Tiraillé entre la fronde syndicale qui demande plus de justice sociale et la pression des bailleurs qui préconisaient une gestion plus rationnelle de la dépense publique, le gouvernement a dû faire preuve de tact et surtout de sacrifice pour pouvoir limiter le déficit des comptes publics déjà aggravé par les réponses conjoncturelles apportées à la crise.
Les Béninois auront surtout retenu de l’année 2010, la crise des structures illégales de placement d’argent. Cette crise de l’épargne d’un nouveau genre née d’une entreprise de vaste escroquerie a créé des préjudices énormes à l’économie béninoise. Selon le recensement effectué par le gouvernement, environ 250 000 personnes auraient placé leurs épargnes auprès de ces structures. Le montant global, officiellement recensé, avoisinerait 70 milliards de francs dont on ne sait encore par moyens ils seront remboursés aux Béninois spoliés.
Atmosphère pas favorable
Du point de vue de la croissance économique, pas grand-chose à mettre sous la dent. Alors qu’il est noté une bonne reprise de l’activité économique au niveau de l’Afrique subsaharienne, le taux de croissance pourrait s’établir à 2,8%, selon les prévisions du Fonds monétaire international (FMI). « Nous n’avons pas encore totalement bénéficié des retombées de la reprise mondiale. Mais il y a aussi d’autres problèmes particuliers à notre pays : la crispation politique, les mouvements sociaux liés aux revendications des travailleurs mais aussi des problèmes de gestion qui transparaissent notamment au niveau aux scandales financiers. Tout cela fait que l’atmosphère n’est pas favorable à une véritable reprise », a récemment confié, Epiphane Adjovi, économiste béninois.
Cette constance de la croissance par rapport à l’année précédente, certes en dessous de la moyenne au niveau de l’UEMOA (4%) a été induite par la relance de la production agricole qui s’est soldée par une bonne campagne agricole 2009-2010. La croissance dans le secteur primaire s’établirait à 4,0% contre 2,2% en 2009, selon les chiffes de l’UEMOA. Elle se justifie surtout par les mesures d’accompagnement adoptées par le Gouvernement et portant notamment sur la distribution gratuite des intrants agricoles, la poursuite de la mécanisation des opérations agricoles et le développement des fermes semencières pour les variétés à haut rendement. Néanmoins, le coton béninois n’a pas suivi la dynamique de relance au niveau du secteur agricole en générale. Le résultat de la toute dernière campagne est encore plus décevant : 190 000 tonnes de coton graine, l’une des pires récoltes depuis 20 ans. La raison, les problèmes récurrents liés à la gestion de la filière et la désaffection de plus en plus marquée des producteurs au profit des cultures vivrières.
Les activités industrielles ont également connu un léger regain en dépit de la crise. Le commerce et les services ont reçu un coup de fouet à la faveur de l’accélération des réformes portuaires et de la reprise des activités commerciales avec le Nigeria et les pays de l’hinterland. Mais les échanges commerciaux avec les pays voisins ont enregistré quelques goulots d’étranglements liés aux menaces de boycott du port de Cotonou par les transporteurs nigériens et les embargos observés par les services douaniers nigérians sur certains produits de transit, notamment le riz.
2011 plus délicate ?
Sur le plan de l’amélioration du climat des affaires, le rapport Doing business 2011 classe le Bénin au 170è rang des pays ayant amélioré la réglementation contre 172è place l’année dernière. Ce léger progrès se justifie, selon le rapport, par les efforts accomplis par le pays au niveau de l’indicateur sur l’octroi du permis de construire. « Le Bénin a créé une nouvelle commission municipale pour harmoniser l’octroi de permis de construire et a mis sur pied une commission ad-hoc chargée de traiter les demandes de permis d’attente », note le rapport. Le pays est cité comme la 6è économie dans le monde à avoir plus facilité l’obtention des permis de construire au cours des dix derniers mois.
Pour renouer avec une croissance stable, les économistes préconisent la poursuite des réformes structurelles au niveau de l’économie béninoise. Il s’agit notamment de l’amélioration du cadre de gestion des finances publiques, la poursuite des investissements dans les infrastructures, la réforme du secteur portuaire et de la filière coton ainsi que l’amélioration du climat des affaires.
Même s’il est annoncé une consolidation de la croissance en Afrique, 2011 s’annonce encore plus délicate pour le Bénin dans la mesure où le pays devrait faire face à des échéances électorales capitales, à savoir les élections présidentielle et législative. Mais Epiphane Adjovi s’est voulu plus optimiste. « En étudiant notre économie, on se rend compte que, les années d’élections, il y a souvent une relance de l’activité économique parce qu’on repart sur de nouvelles bases, quel que soit celui qui est élu. J’ai donc l’impression que l’année 2011 sera une année avec moins de problèmes. Il n’y a pas d’inquiétudes », affirme-t-il.
Par
Gnona AFANGBEDJI