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Rédigé le 08/09/2010 Dernière modification le 08/09/2010 - 18:19Bénin : Qui peut finalement arrêter le «kpayo» ?Lutte contre la vente de l’essence frelatéeLes dégâts que cause la vente illicite des produits pétroliers ne semblent préoccuper personne, encore moins l’Etat qui, visiblement, a capitulé devant le tout-puissant lobby des trafiquants du « kpayo ».
Les trafiquants au retour de ravitaillement à la frontière entre le Nigeria le Bénin
L’actualité sur le braquage de Sèmè Kraké, ces derniers jours, a certainement détourné l’intérêt de l’opinion béninoise du drame qui s’est produit à Missérété. Un trafiquant de «Kpayo», transportant, en plein jour, huit bidons remplis d’essence frelatée a été percuté par un automobiliste. Dans sa chute, il a cogné deux conducteurs de taxi motos. L’explosion des bidons a provoqué un gigantesque incendie. Bilan : les trois personnes sont mortes calcinées par la flamme, devant des populations impuissantes et scandalisées. Une fois encore le « Kpayo » venait de faire son énième victime sans que les pouvoirs publics ne s’en offusquent.
Le drame qui s’est joué à Missérété n’est pas un fait isolé. Les méfaits de la vente illicite de l’essence sont devenus monnaies courantes dans nos villes et campagnes au point où le phénomène est simplement devenu un fait divers comme un autre. Pourtant, tout le monde côtoie la menace sans oser demander aux pouvoirs publics d’agir. A son avènement au pouvoir en 2006, le gouvernement du Président Boni Yayi avait fait de l’assainissement de la distribution des produits pétroliers l’une de ses priorités. A l’époque, le drame survenu après le renversement à Porga d’un camion transportant de l’essence était considéré comme l’accident de trop. Le gouvernement a donc profité de la baisse du cours du brut sur le marché international pour passer à l’attaque. Pour marquer son volontarisme, il fait passer le prix de l’essence à la pompe de 485 à 350 francs. De quoi faire taire les critiques qui l’accusent souvent de vouloir assainir le marché sans proposer de mesures d’accompagnement. D’un côté, la première mesure et d’ailleurs la principale, c’est de rendre l’essence moins chère et disponible dans les stations services. Mais de l’autre côté, les revendeurs avaient plus d’un tour dans leur sac. Ils font passer également le litre à la table à 300, le marché nigerian, l’unique source d’approvisionnement s’étant arrimée à la tendance baissière du marché international. Commence alors une guerre de représailles sans merci engagée par le ministre en charge de l’Intérieur pour nettoyer ces « koweit cities » qui ne font toujours pas la fierté du pays. Réponse du berger à la bergère, les revendeurs du «kpayo» déclenchent alors une grève générale d’une semaine. On avait dès lors, l’impression que ces derniers avaient le pouvoir de contrôler le pouvoir. Et pas le contraire. Rapport de force Pour ces acteurs qui gèrent plus de 70% du réseau de distribution des produits pétroliers au Bénin, il s’agit d’un signal pour démontrer leur force de frappe. Les conséquences sont apparues aussitôt : longues filles d’attente, pénurie dans les stations-services à Cotonou. Dans d’autres villes du pays où les stations services ont fermé à cause de la concurrence déloyale du «kpayo», la situation étaient encore plus épouvantable. En quelques jours, la lutte que menait le ministre de l’Intérieur est devenue comme une tempête dans un ver d’eau. L’opération s’est soldée par un véritable fiasco à l’instar de l’initiative de la CONAMIP (commission nationale d’assainissement du marché des produits pétroliers) sous le régime défunt. Le gouvernement, dos au mur, décide de changer de fusil d’épaule. L’Etat a été obligé de ramener ces acteurs de l’informel à la table des négociations, avec à la clé des promesses de reconversion et de facilités pour avoir des micro-stations. Pour les revendeurs, qui sont bien conscients des dégâts que causent leurs activités, le gouvernement ne doit s’en prendre qu’à lui-même pour n’avoir pas respecté ses propres engagements. Aucun plan cohérent de reconversion n’a été concocté, en dépit des multiples séances de travail qu’ils ont eu avec le ministre en charge du commerce et son homologue de la micro-finance. Quant aux stations trottoirs, l’idée a été récupérée par des opérateurs économiques au détriment de ceux pour qui le concept a été promu. Aucun revendeur n’a pu installer une seule mini-station. Comme si de rien n’était, les « Koweït cities » ont repris du service. Aujourd’hui, cette lutte semble, une fois encore tournée en faveur des revendeurs d’autant qu’ils exercent allègrement au nez et à la barbe des forces de l’ordre. La preuve que les priorités du gouvernement ont changé, aucun communiqué officiel n’a été publié sur la mort des citoyens qui ont perdu leur vie du fait de la persistance du transport anarchique de l’essence frelatée. Pas de campagnes de sensibilisation sur les dangers liés à la vente de l’essence frelatée. Pas de débats, pas d’entretien d’experts pour permettre aux Béninois de prendre conscience des méfaits du phénomène. On a déjà vu le gouvernement assez réactif sur la menace de la bombonne de gaz de la société Oryx sur la plate-forme portuaire. Toutes proportions gardées, les bidons d’essence qui tuent et qui circulent en pleine ville doivent aussi l’interpeller.
Le gouvernement, dos au mur, décide de changer de fusil d’épaule. L’Etat a été obligé de ramener ces acteurs de l’informel à la table des négociations, avec à la clé des promesses de reconversion et de facilités pour avoir des micro-stations. Pour les revendeurs, qui sont bien conscients des dégâts que causent leurs activités, le gouvernement ne doit s’en prendre qu’à lui-même pour n’avoir pas respecté ses propres engagements. Aucun plan cohérent de reconversion n’a été concocté, en dépit des multiples séances de travail qu’ils ont eu avec le ministre en charge du commerce et son homologue de la micro-finance. Quant aux stations trottoirs, l’idée a été récupérée par des opérateurs économiques au détriment de ceux pour qui le concept a été promu. Aucun revendeur n’a pu installer une seule mini-station.
Comme si de rien n’était, les « Koweït cities » ont repris du service. Aujourd’hui, cette lutte semble, une fois encore tournée en faveur des revendeurs d’autant qu’ils exercent allègrement au nez et à la barbe des forces de l’ordre. La preuve que les priorités du gouvernement ont changé, aucun communiqué officiel n’a été publié sur la mort des citoyens qui ont perdu leur vie du fait de la persistance du transport anarchique de l’essence frelatée. Pas de campagnes de sensibilisation sur les dangers liés à la vente de l’essence frelatée. Pas de débats, pas d’entretien d’experts pour permettre aux Béninois de prendre conscience des méfaits du phénomène. On a déjà vu le gouvernement assez réactif sur la menace de la bombonne de gaz de la société Oryx sur la plate-forme portuaire. Toutes proportions gardées, les bidons d’essence qui tuent et qui circulent en pleine ville doivent aussi l’interpeller. Par Gnona AFANGBEDJI
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