Rédigé le 13/06/2011 Dernière modification le 13/06/2011 - 19:13

Bénin : La masse salariale inquiète la Banque Mondiale



La masse salariale du Bénin a atteint un seuil critique qui inquiète de plus en plus les partenaires techniques et financiers. Lors d’un échange avec la presse tenu le vendredi 10 juin dernier, Olivier Fremond, représentant résident de la Banque mondiale au Bénin a encore tiré la sonnette d’alarme en appelant à la responsabilité de l’Etat béninois.



Les locaux du ministère de l'économie à Cotonou
Les locaux du ministère de l'économie à Cotonou
Il est un secret de Polichinelle que le Bénin vit largement au-dessus de ses moyens. L’illustration parfaite de ce que les financiers appellent l’indiscipline budgétaire est la masse salariale qui occupe aujourd’hui un niveau assez préoccupant. Alors que les critères de convergence de l’Union économique prévoient le seuil acceptable de la masse salariale à 35% des recettes budgétaires de l’Etat membre, le Bénin se situe aujourd’hui à plus de 45%, faisant ainsi figure du plus mauvais élève de l’Union. La situation, réelle menace pour l’équilibre macroéconomique du pays préoccupe énormément les partenaires techniques et financiers qui ne ratent plus aucune occasion pour tirer la sonnette d’alarme. « Le niveau actuel de la masse salariale du Bénin est assez inquiétant au regard des maigres ressources dont dispose le pays pour asseoir son développement », alerte une fois encore Olivier Fremond, le tout nouveau représentant résident de la Banque mondiale à Cotonou. Lors d’un échange avec les médias, ce dernier, chiffres à l’appui, a indiqué que le pays consacre plus de ressources à payer les salaires qu’à investir dans les infrastructures de développement. Les comptes de gestion de l’année 2010 du Bénin semblent lui donner raison. Selon les chiffres communiqués par la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), la masse salariale du Bénin est ressortie à 225,9 milliards de francs CFA en 2010 contre 221,6 milliards d’investissements sur ressources intérieures. Pour le premier trimestre 2011, les signaux virent encore au rouge avec une masse salariale de 49 milliards de francs CFA à fin mars contre 28 milliards d’investissement sur ressources intérieures, d’après les estimations de l’Institut d’émissions. Ces chiffres ne prennent même pas en compte les engagements pris par l’Etat vis-à-vis du front des organisations syndicales du secteur de la santé qui induiront sans doute une augmentation significative de la masse salariale de l’année budgétaire en vigueur par rapport à l’année précédente. « Pour se développer, le Bénin doit forcément revenir sur les critères de convergence de l’UEMOA en raisonnant sa masse salariale », préconise le représentant résidant de la Banque mondiale qui estime que, le pays, pour atteindre les 7% de croissance envisagés pour réduire la pauvreté, doit investir chaque année environ 300 milliards de francs CFA dans les infrastructures sociocommunautaires.

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase

En réalité, le fait majeur qui a suscité cette levée de bouclier des bailleurs de fonds est la décision prise par le gouvernement de relever de 25% le niveau des salaires des fonctionnaires de l’administration des finances. « Les partenaires techniques et financiers restent préoccupés par les récents accords paritaires gouvernement-syndicats qui prévoient une hausse de l’indice de 25% pour les agents du ministère de l’Economie et des Finances, et à moyen terme pour l’ensemble des ministères. Cette mesure risque d’éloigner encore plus le ratio masse salariale sur ressources fiscales du Bénin, actuellement de l’ordre de 45%, de celui préconisé par l’UEMOA, à savoir 35% », avait déjà souligné Françoise Collet, chef de délégation de l’Union européenne lors de la revue des réformes sur les Finances publiques béninoises, il y a quelques semaines. La diplomate européenne avait précisé que la réforme des Finances doit « s’accompagner d’un changement de la culture administrative de l’ensemble des acteurs de la chaîne de gestion des finances publiques fondé sur les principes de bonne gestion financière, de reddition des comptes, d’éthique et de transparence ». Olivier Fremond est du même avis. Tout en comprenant le souci des uns et des autres d’améliorer la situation des fonctionnaires au regard de la cherté de la vie, il indique que le gouvernement et les partenaires sociaux doivent faire preuve de réalisme et de retenue.

Son message aura-t-il l’écho favorable escompté ? Rien n’est moins sûr d’autant cette décision a suscité un tollé général au niveau de l’administration publique. Du coup, réunis en un front, tous les syndicats des autres ministères réclament la généralisation de cette mesure à tout le personnel de l’Etat, à travers des mouvements de grève enclenchés depuis plus d’une semaine.

La hausse drastique de la masse salariale a été induite, d’une part par le reversement massif des enseignants et autres agents contractuels de l’Etat dans le fichier des agents permanents de l’Etat, et d’autre part par des primes fantaisistes accordées à ces derniers. Cette politique adoptée sous le premier quinquennat du président Boni Yayi a fait passer l’effectif de la fonction publique du simple au double mettant ainsi une forte pression sur les recettes publiques qui n’ont pas connu d’amélioration. La tension sociale qui couve prévoit actuellement des lendemains difficiles pour le gouvernement qui, au regard des agrégats macroéconomiques, n’a plus les moyens techniques de satisfaire les doléances de ses partenaires sociaux.

Par Gnona AFANGBEDJI

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Par Gnona AFANGBEDJI

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1.Posté par sodjinou bertin le 14/06/2011 09:45
j'ai honte de mon pays car nous pensions qu'il était dirigé par un banquier comme président et un...  

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