Dr Lucien Dossou-Gbété, vous êtes président de l’Association des cliniques privées du Bénin. Au regard des statistiques, confirmez-vous que les centres de santé privés sont plus fréquentés que ceux du public ?
Oui ! Effectivement les centres privés sont plus fréquentés par les populations que les centres publics. Même au niveau du ministère de la Santé, c’est quelque chose qui est bien connu et les chiffres qui circulent montrent que le secteur privé prend un peu plus de 67% dans la prise en charge des problèmes de santé des populations au Bénin. Ceci est vrai pour le Bénin que pour les pays de l’Afrique notamment l’Afrique de l’Ouest et du Sud. Il y a des études qui ont été faites en Afrique sub-saharienne qui montrent que le secteur privé occupe une part très importante dans l’offre de service de santé pour les populations.
Quelles en sont les raisons ?
Les raisons, elles sont nombreuses. Effectivement quand on voit les cliniques privées, on pourrait penser qu’elles n’offriraient de services qu’aux nantis, mais on se rend compte en fait que ce n’est pas vrai. En effet dans les répartitions géographiques, les structures privées sont présentes partout dans le pays sur toute l’étendue du territoire même dans les zones où le secteur public n’est pas présent. Aussi, malgré les efforts consentis par le ministère de la Santé surtout en matière d’infrastructures, les centres de santé implantés dans les localités reculées se retrouvent vides ; le plus souvent, loin des grands centres urbains, le personnel qui est associé n’y reste pas. Ce qui fait que ces centres ne sont pas opérationnels. Les autres raisons, je pense que c’est l’information croissante des populations qui savent de mieux en mieux faire la différence en termes de qualité de services et qui se rendent compte qu’elles trouvent dans le secteur privé la qualité de service qu’elles préfèrent. C’est-à-dire un service qui est permanent, un service qui est très rapide, un service qui répond le mieux possible à la qualité de leurs attentes. Autre chose à savoir aussi, c’est que le gros problème ou la faiblesse du secteur public tient à la politisation à outrance de la gestion de ses services. La politisation plombe les résultats en ce qui concerne une gestion efficace et performante des structures. Evidemment la qualité de service s’en ressent, et les populations préfèrent donc avoir recours à ce type de structure.
Vous semblez quand même affirmer qu’au niveau des services privés, il y a un minimum de qualité, mais on constate qu’il y a des centres qui sont loin de répondre aux normes ?
La multiplicité dans la qualité de service, on la retrouve aussi bien dans le secteur privé que dans le secteur public. Effectivement dans le secteur privé, les règles sont très importantes. On trouve de très bons centres comme de mauvais. En général, les mauvais sont souvent issus des structures illégales. Et là, c’est la conséquence de la défaillance de notre système public qui a l’obligation de s’assurer que toutes les structures qui offrent des services de santé remplissent les conditions légales, les conditions réglementaires pour être ouvertes et la loi, elle, existe mais malheureusement il n’y a pas grand-chose qui est fait pour assurer sa mise en œuvre dans tous les aspects. Ce qui explique qu’on ait effectivement dans le secteur privé en plus du nombre, des centres de très bonne qualité et des centres de très mauvaise qualité parce qu’en fait ils ne répondent pas aux normes. Et ce serait même un abus de langage dans le sens de les faire appeler centres privés.
Quelles actions concrètes menez-vous au niveau de votre association pour que les choses soient vraiment assainies dans le secteur ?
D’emblée, je puis vous dire que l’Association des cliniques privées n’a pas la prétention de se substituer à l’Etat et faire à sa police son travail notamment en ce qui concerne la police dans le respect des réglementations. Toutefois, ce que nous faisons, c’est que pour être membre de l’association, il faut avoir rempli toutes les obligations légales et réglementaires. Nous n’acceptons que des structures qui ont eu leur autorisation en bonne et due forme. Autorisation d’ouverture et d’exploitation. Ce que nous faisons au niveau de chacun de ces membres, c’est un travail de fond pour que le respect de la loi ne se limite pas seulement à l’obtention des autorisations mais que dans l’exercice au quotidien chaque acteur de chacune des cliniques travaille à ce que le respect soit fait aussi bien que la déontologie médicale. Ce que nous faisons aussi c’est de travailler à diffuser au niveau des populations, une connaissance de plus en plus grande des fléaux de notre temps ; ce qui amène l’association à organiser des séances d’information à la veille du public. L’association s’occupe également de la formation continue de ses membres et elle organise aussi des réunions scientifiques qui sont ouvertes aussi bien aux acteurs du secteur privé que du secteur public.
Enfin, l’association travaille à donner du sens au partenariat secteur public-secteur privé parce que pour nous il n’y a pas de différence entre les malades qui iront dans le secteur public et privé. Ce sont tous des Béninois et nous avons la conviction que pour faire du développement, il faut des hommes en bonne santé et c’est pour ça que chaque fois nous en tant que secteur privé, nous contribuons à ce que la qualification du secteur public soit un peu améliorée. Avec détermination, nous le faisons. Nous n’hésitons pas aussi à solliciter les médecins du public pour faire des interventions dans notre structure pour pouvoir donner à ces malades qui prennent l’option de rester dans le secteur privé, d’avoir aussi une équipe de soutien.
Propos recueillis par Kokouvi EKLOU