Pour qui ne la connaît pas, l’ambassade de France au Bénin est l’une des plus agréables en Afrique. Idéalement situé au bord du littoral, entre brise marine et odeur de brochettes, le bâtiment bordé de jardins est plutôt spacieux au regard de l’intérêt géographique de ce pays pour Paris. Mais le 14 janvier 2010, c’était plutôt jour de guérilla dans la chancellerie ! Retour sur les faits.
Dans la matinée, une violente altercation est survenue entre la vice-consule Françoise Nicolas, en poste depuis 2008, et une collègue béninoise partageant le même bureau, Armelle Akplogan, née Adéchy. Hurlements, insultes claques, coups de cintre sur la tête, étranglement… Les deux femmes sont séparées par le gendarme de l’ambassade, Antoine Szczepanski. La diplomate, qui affirme avoir été agressée en raison de l’hostilité de sa collègue à son égard, tombe à terre, à demi-inconsciente. Elle obtiendra deux mois d’arrêt de travail, en France, où elle sera également hospitalisée. Employée sous contrat local, la ressortissante béninoise explique pour sa part avoir été mordue à la main. Elle portera plainte le lendemain.
Mais l’incident a rapidement pris une tournure diplomatique. Car Armelle Akplogan n’est pas n’importe qui : c’est une proche de Marcel de Souza, beau-frère et directeur de campagne de Thomas Boni Yayi. L’affaire ne tarde d’ailleurs pas à remonter aux oreilles des autorités béninoises. Quelques jours après l’altercation, Françoise Nicolas est priée de libérer son domicile et de quitter le pays à la demande de l’ambassadeur, Hervé Besancenot. Ce dernier évoque dans un courrier «une mesure conservatoire (…) visant à éviter une expulsion ». Francoise Nicolas se plaint, au contraire, de pressions, d’une mutation sous forme de sanction, voire d’un harcèlement moral de la part de plusieurs responsables de l’ambassade.
La diplomate travaille désormais à Nantes (France), au bureau Carrières et pensions. Nettement moins glamour que le village lacustre de Ganvié ! Ses avocats du Cabinet Larzul-Buffet-Le Roux & Associés ont déposé plainte, le 17 février 2011, devant le tribunal de grande instance de Rennes pour «coups et blessures volontaires ». Détail : la principale intéressée n’aurait jamais été consultée dans le cadre du rapport que vient de rendre la direction des ressources humaines du Quai d’Orsay sur cette affaire. Quant à Mme Akplogan, elle est toujours à son poste.
In La Lettre du Continent N°608 du 24 mars 2011