L’année 2010 était déjà annoncée comme une année difficile pour le Bénin. En dépit de la relance de l’économie mondiale, le Bénin devrait toujours faire face à l’impact de la crise économique et financière internationale. D’après l’étude de la commission nationale de gestion de l’impact de la crise économique sur le Bénin, il est prévu une baisse des recettes fiscales de l’ordre de 86 milliards de francs Cfa contre 48,6 milliards en 2009. Cette baisse découlerait de la poursuite de la récession économique au Nigéria. Les prévisions annonçaient pour le Géant voisin une croissance négative de -5%, le pays souffrant toujours de la stagnation du cours de pétrole brut sur le marché international et de la désarticulation de son système bancaire secoué par la crise financière et mouillé par des scandales de corruption.
Au niveau interne, le Bénin devrait également sentir les effets négatifs d’une mauvaise campagne cotonnière dont la production a chuté à 150.000 tonnes. Cette baisse drastique de la production conjuguée avec la chute du cours sur le marché international devrait provoquer une perte en valeur importante des recettes d’exportations. Le Bénin devrait également souffrir d’une baisse du taux d’investissements de l’ordre de 7,3% ainsi que celle de l’aide publique au développement. Malgré leur bonne volonté, le fonds monétaire international (FMI) indiquait que les partenaires techniques et financiers du Bénin devraient réduire, dans l’ensemble, l’enveloppe de l’aide. Le fonctionnement actuel de l’économie béninoise confirme ces prévisions d’autant les grandes entreprises béninoises qui vivent notamment de la commande publique ont été pénalisées par le retard notoire qui a sanctionné la mise en exécution du budget général de l’Etat. La morosité a gagné les marchés et le panier de la ménagère devient plus léger qu’il y a un an.
Mais si ces difficultés évoquées étaient perceptibles au début de l’année, les économistes étaient loin d’imaginer que le pays allait être secoué quelques mois plus tard par le scandale ICC Services. Le phénomène de placement d’argent a eu comme vivier les acteurs économiques du pays. Sous le couvert du e-business, des structures dites de placement d’argent, illégalement installées, ont lancé à grand renfort médiatique, des opérations de collecte d’épargne des populations qu’elles placeraient sur des marchés financiers étrangers. En fait, aucune de ces structures n’intervient réellement dans le commerce électronique. Leur mode opératoire était de collecter les fonds des derniers déposants pour payer les premiers. Le mécanisme est un peu comparable au système Madoff (Bernard Madoff de son vrai nom, est l’ancien patron du Nasdaq, accusé d'une gigantesque fraude fianancière sur de nombreux investisseurs de par le monde. Le montant de la fraude est estimé à 50 milliards de dollars américains et l’homme purge depuis l’an dernier, une peine de 150 ans de prison aux Etats Unis). Séduits par des taux d’intérêts mirobolants (allant jusqu’à 200%) qu’on propose sur leurs épargnes, de nombreux Béninois ont versé leurs ressources dans des agences installées pratiquement sur toute l’étendue du territoire béninois. Ce qu’on oublie souvent de dire à l’opinion, les premiers déposants ont bénéficié allègrement des largesses du système ICC Services. Consciemment ou inconsciemment, les témoignages qu’ils ont faits, souvent dans des conversations privées, ont surtout constitué des éléments de persuasion et de motivations de la majorité aujourd’hui privée de fonds.
Appât du gain facile
Au début de la crise, on avançait le chiffre de 250.000 déposants pour un montant d’environ 100 milliards de francs Cfa, soit environ un dixième du budget général de l’Etat. Mais selon les données livrées par les responsables de ICC Services à la commission d’enquête judiciaire créée par le gouvernement, les pertes seraient évaluées à 15 milliards de francs.
En attendant d’avoir une idée plus claire sur le nombre de Béninois victimes de cette escroquerie du siècle, il est aisé de comprendre que la plupart des déposants sont constitués des femmes qui interviennent dans les activités commerciales. La crise est née d’ailleurs de la difficulté de l’Agence ICC Services de Dantokpa à satisfaire ses clients. De nombreux commerçants du plus grand marché du pays ont ainsi vu leurs avoirs s’envoler. Parmi les folles rumeurs qui circulent, on apprend que des personnes auraient abandonné leurs activités économiques estimant que les placements d’argent étaient plus rentables que leurs occupations habituelles. De sorte que certains ont poussé le courage jusqu’à détourner des prêts bancaires vers les placements d’argent. Quid des paysans spoliés qui ont également mordu à l’appât du gain facile abandonnant leurs activités agricoles au profit des placements d’argent ! Les déposants des agences de placements se comptent également par les employés de nombreuses entreprises de la place. Le traumatisme engendré par le scandale va à coup sûr affecter la productivité et la compétitivité des entreprises.
Sans doute, ce scandale a provoqué une paralysie dans tous les secteurs de production. Actuellement, le gouvernement s’emploie à recenser les déposants et procède dans le même temps à la saisie des biens des responsables de ICC Services. La gestion qui est faite de la crise laisse présager d’une possibilité de remboursement des déposants à l’issue du recensement. Mais la relance de l’activité économique dépendra de la célérité avec laquelle le gouvernement parviendra à rembourser les victimes.
Par Gnona AFANGBEDJI