Procéder à une sélection des grands faits ayant marqué l’année 2010 au Bénin peut a priori relever d’une gageure. Mais un tour d’horizon rapide de l’actualité sociopolitique, économique et culturelle révèle un certain nombre d’événements au-dessus du lot.
Participation du Bénin à la CAN 2010
Les Béninois ont démarré l’année 2010 sous de bons auspices avec la participation dans le mois de janvier, pour la troisième fois, de leur équipe nationale, les Ecureuils à la phase finale de la coupe d’Afrique des Nations, Angola 2010. Si sur le plan comptable, le onze national s’est mieux comporté par rapport aux éditions antérieures en ramenant au point un point au bercail, le public sportif s’est montré très déçu de la prestation des joueurs dont le pays attendait beaucoup. Les problèmes d’organisation au niveau du staff des Ecureuils et les controverses autour de comportement de certains joueurs sont venus encore ravivés la tension. Conséquence, l’équipe nationale de football du Bénin s’est engluée dans un cycle infernal de crises qui ont conduit à la démission, il y a quelques jours, de la majorité des membres du comité exécutif de la Fédération béninoise de football
Affaire ICC Services et consorts
S’il y a un classement à faire des événements de l’année 2010, la crise du placement d’argent détiendra sans nul doute la palme d’or. C’est l’un des plus gros scandales des vingt dernières années au Bénin. Il s’agit d’une crise de l’épargne d’un nouveau genre née d’une entreprise de vaste escroquerie créée et entretenue par des structures dites spécialisées dans le placement de capitaux. Sous le couvert du e-business, ces structures, illégalement installées, ont lancé à grand renfort médiatique, des opérations de collecte d’épargne des populations qu’elles placeraient sur des marchés financiers étrangers. En fait, aucune de ces structures n’intervient réellement dans le commerce électronique. Leur mode opératoire était de collecter les fonds des derniers déposants pour payer les premiers. Séduits par des taux d’intérêts mirobolants (allant jusqu’à 200%) qu’on propose sur leurs épargnes, de nombreux Béninois ont versé leurs ressources dans des agences installées pratiquement sur toute l’étendue du territoire béninois. Selon le recensement effectué par le gouvernement, environ 250 000 personnes auraient placé leurs épargnes auprès de ces structures. Le montant global, officiellement recensé, avoisinerait 70 milliards de francs.
La crise a même éclaboussé de nombreuses autorités au sommet de l’Etat qui ont été soupçonnées de complicité avec les responsables d’agences de placement d’argent. Au-delà de l’opération de recensement des victimes qui a tenu le pays en haleine pendant des semaines, le limogeage du ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique reste le coup d’éclat opéré par le gouvernement pour manifester son volonté de nettoyer les écuries d’Augias. Malgré les promesses faites par l’Etat, les Béninois spoliés attendant toujours le remboursement de leur épargne.
Affaire Dangnivo
L’autre dossier qui a suscité l’intérêt de l’opinion publique nationale et internationale est sans doute la disparition de Pierre Urbain Dangnivo, cadre du ministère des Finances et l’Economie dont on a plus retrouvé les traces depuis le 13 août 2010. Simple fait divers au départ, cette affaire s’est muée en une polémique politicienne entretenue par des passes d’armes entre les syndicats, les formations politiques de l’opposition et le gouvernement. En réalité, le disparu serait un militant du parti social démocrate (PSD), coordonnateur à Houéyogbé de l’Union fait la Nation, l’alliance politique qui porte aujourd’hui la candidature de Me Adrien Houngbédji à l’élection présidentielle de 2011. Sous l’égide des syndicats qui se sont mobilisés pour le retour sain et sauf de leur camarade, une bonne partie de la société civile béninoise s’est également saisie de l’affaire ainsi que les partis politiques de l’opposition. Sous la pression de l’opinion, le gouvernement a mis en place un comité de crise. Les investigations ont conduit à la découverte, un mois plus tard d’un corps, à Womè, dans la banlieue de Cotonou, qui serait celui du présumé disparu. Les nouvelles controverses suscitées par l’exhumation du corps ont conduit l’exécutif à commettre l’expertise des médecins légistes allemand et français. Mais le refus de la famille du disparu de se prêter au test d’ADN a conduit le dossier à une impasse. Le corps de Womè est-il celui de Dangnivo ? Le mystère demeure toujours. Mais toujours est-il que ses collègues du ministère de l’Economie et des Finances continuent de manifester pour son retour sain et sauf.
Inondations
Les Béninois étaient déjà habitués au cycle des inondations à Cotonou, la capitale économique du Bénin. Mais cette année, les débordements des eaux des principaux fleuves du pays ont entraîné les inondations simultanées dans environ 55 communes du pays. Des milliers de ménages béninois se sont retrouvés au jour au lendemain sans abris et environ 21 000 hectares de cultures ont été ravagés par les flots, selon les estimations du comité de gestion de la crise installé.
Face à l’ampleur de la catastrophe, le gouvernement a déclaré l’état d’urgence et fait appel à la solidarité internationale afin de voler au secours des sinistrés. Cet appel a reçu un écho favorable de la communauté internationale qui s’est fortement mobilisée tant sur le plan humain, matériel que financier pour soulager les peines des populations. Même si les eaux se sont déjà retirées, la situation reste toujours précaire au niveau de plusieurs ménages béninois qui ont perdu leurs habitations et leurs biens avec la furie des eaux.
Grèves dans les hôpitaux publics
On sait les travailleurs béninois très friands des grèves. Mais l’année 2010 a été exceptionnellement marquée le mouvement des agents paramédicaux intervenant dans les centres de santé public du Bénin. Depuis plusieurs mois, ces agents de santé observent des grèves sans service minimum, créant ainsi une paralysie totale de l’administration hospitalière du pays. Le nombre de grévistes est estimé à 12 000 agents. Des malades ont été ainsi abandonnés à leur sort et des centaines de morts ont été enregistrés dans les hôpitaux pour absence de soins. Les revendications des grévistes portent essentiellement sur le relèvement de leurs primes de risques qu’ils jugent ridicules par rapport à celles accordées aux médecins traitants. Les diverses négociations avec le gouvernement se sont soldées par un fiasco. Lors d’une conférence de presse tenue le 8 décembre dernier, le front uni des organisations syndicales de la santé (FUOSS) a décidé de la reconduction d’une grève de 72 heures sans service minimum renouvelables avec tacite reconduction toutes les semaines.
Cinquantenaire des indépendances
Le 1er août 2010, le Bénin a célébré le 50è anniversaire de son accession à la souveraineté internationale. En dehors des festivités ayant parquée cette commémoration, cette célébration a surtout été une période de bilan sur le parcours politique, économique et socioculturelle du Bénin. Plusieurs conférences ont été initiées aussi bien par les institutions de la République que des organisations de la société civile pour jeter un regard rétrospectif sur le cheminement collectif des peuples du Bénin d’aujourd’hui et réfléchir sur les défis des cinquante prochaines années. Le clou des manifestations du cinquantenaire aura été l’organisation au Bénin d’un symposium international sur le cinquantenaire des indépendances africaines. Autour du thème « Audace, unique défi pour une Afrique nouvelle », ce symposium a mobilisé des intellectuels et des figures politiques de proue venus de plusieurs pays d’Afrique. Il s’est soldé par la publication d’un manifeste qui se propose comme un credo pour une nouvelle Afrique nourrit l’ambition d’un sursaut qualitatif dans un monde en profonde mutation.
Par Gnona AFANGBEDJI